‹ DiderotChapitre 16 sur 48 · Le neveu de Rameau · texte numérisé non relu

Le neveu de Rameau

raie? Celte question ne pouvait manquer de préoccuper Diderot, car, nous lavons vu, il avait au milieu des contradictions de sa nature un fond de bonté, d'honnêteté, de générosité même. L'égoïsme, la lâcheté l'indignaient, les belles actions excitaient son enthousiasme. Le sort du vice et de la vertu dans le monde le troublait. Il aurait voulu écrire un livre sur ce sujet. « C'est, dit-il, l'ouvrage à mon gré le plus important et le plus intéressante faire, c'est celui que je me rappellerais avec le plus de satisfaction dans mes derniers moments. C'est une question quej'ai méditée cent fois et avec toute la contention d'esprit dont je suis capable; j'avais, je crois, les données nécessaires : vous l'avouerai-je ? je n'ai pas même osé prendre la plume pour en écrire la première ligne. Je me disais : si je ne sors pas victorieux de cette tentative.

DIDEROT. dis

je deviens l'apologiste de la méchanceté; j aurai trahi la cause de la vertu, j'aurai encouragé Ihoinme au vice. Non, je ne me sens pas hastant pour ce sublime travail ; j'y consacrerais inutilement toute ma vie » \

Je crois hien 'qu'il faut faire la part de la rhétorique dans ce passage, et aussi celle de l'esprit de contradiction. Diderot s'échauffe volontiers dans la controverse, et se laisse alors emporter, non seulement aux assertions extrêmes, mais aux déclarations solennelles, aux périodes ronllantes. Il y a de cela dans les lignes que je viens de citer, comme aussi dans le célèbre passage contre La Mettrie, où il compare la morale avec un « arbre immense dont la tête louche aux cieux et les racines pénétrent jusqu'aux enfers, oii tout est lié,

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