‹ Diderot et Catherine IIChapitre 105 sur 185 · LA MÈRE, LES ENFANTS ET L'ABBÉ · texte numérisé non relu

LA MÈRE, LES ENFANTS ET L'ABBÉ

LA mi:re. — Ah! mon fils, comme vous voilà! Mais vous avez les yeux battus ; vous l'avez excédé, mon cher abbé; et il n'a pas pu dormir. Je veux que mes enfants dorment d'abord ; entendez-vous ? Petit, avez vous bon appétit.^ Hier ou avez-vous été? avezvous bien couru ? j

— Maman, nous avons été chez l'abbé Nollet *,

— Oui, voir mourir un moineau dans la machine.

— Fi, cela est odieux! ensuite?

— Chez Blondel ^.

— Et quoi faire là ?

— Mais voir des modèles d'architecture.

1. Jean-Antoine Nollet, né à Pimprez (Oise), le 19 décembre 1700, mort à Paris le 24 avril 1770. Professeur au collège de Navarre et maître de physique des Enfants de France, il institua des cours publics très fréquentés. La Tour avait peint son portrait qui a été gravé par Beauvarlet.

2. Jacques- François Blondel, né à Rouen, le 17 janvier 1705, mort au palais du Louvre, le 7 janvier 1774. Issu d'une famille d'architectes célèbres et chargé de travaux importants, particulièrement à Metz et à Strasbourg, il avait ouvert en 1743, avec l'agrément de l'Académie d'architecture, une École des Arts qui, dès 1749, était en pleine prospérité et dans laquelle il avait réservé douze places gratuites aux jeunes gens tf plus favorisés de la nature que de la fortune ».

SLR L IMPOnT.VNCE DU CONCOURS. 4oi

— L'abbé, savez-vous bien que vous êtes fou ! Esl- -ce que vous voulez fiiire de mon fils un maçon? Mes chevaux sont-ils mis?

— Oui, madame.

— Adieu, mes petits. Amusez-vous bien; et vous, l'abbé, n'oubliez pas ce que je vous ai dit hier au soir. Mes enfants seront riches ; et je ne sens pas la nécessité de toutes ces connaissances qui ne sont d'aucune ressource avec les femmes et dont ils pourront toujours se passer. Mais tandis que je m'amuse à bavarder, la comtesse s'impatiente : adieu, adieu.

Et ce qu'il y a de très plaisant, c'est que c'est l'abbé qui a tort, et la mère qui a raison.

Page 1