L'ÉDUCATION PAR LE THÉÂTRE
Catherine avait inscrit au programme des grands établissements scolaires fondés par elle la représentation d'un certain nombre de chefs-d'œuvre classiques. Ne pouvant s'adresser à la muse nationale, dont les timides imitations ne faisaient point prévoir l'essor qu'elle prendrait un jour, l'Impératrice avait eu d'abord recours au répertoire de notre littérature et spécialement à celui de Voltaire : Zaïre et l'Enfant prodigue furent interprétés en 1772, par les jeunes pensionnaires de l'ancien couvent de Smolna et l'on peut voir, dans les lettres de Catherine au patriarche de Ferney le compte rendu qu'elle lui fit de ces solennités; mais elle ne se dissimulait pas qu'il y avait « trop d'amour dans la plupart des pièces françaises » et demandait conseil à Voltaire. Celui-ci , tout en propo-
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sant de retrancher vingt vers dans le Misanthrope et quarante lignes dans l'Avare, offrait d'envoyer un exemplaire de sa tragédie des Lois de Minos qu'on imprimait à la même époque, avec des pages blanches sur lesquelles il aurait noté les changements nécessaires pour ménager la vertu des belles « amazones » de Smolna. Son zèle, échauffé par les louanges hyperbohques de Catherine, tomba bien vite, et une plaisanterie un peu plus que gaillarde sur la barbe de l'actrice chargée du rôle de Mardochée (dans Esther) montra le pied fourchu du satyre drapé dans la robe du pédagogue. Les coquetteries épistolaires entre la « Sémiramis du nord » et le (( vieux malade » continuèrent comme par le passé, mais à une nouvelle allusion au théâtre ad usum juventutis, celui-ci fit la sourde oreille.
Précisément alors Diderot arrivait en Russie et fut tout naturellement admis aux représentations de Smolna. Tout de suite aussi il s'offrit pour la besogne devant laquelle Voltaire avait reculé.