‹ Diderot et Catherine IIChapitre 108 sur 185 · DES PIÈCES DE TIIÉ.\TUE · texte numérisé non relu

DES PIÈCES DE TIIÉ.\TUE

Votre Majesté Impériale et je tiendrai parole, trop heureux de contribuer dans une bagatelle à deux des plus belles et des plus grandes institutions qu'on puisse imaginer.

Les passions ne s'éveillent que trop tôt et trop fortement dans le cœur des jeunes gens.

Les pièces honnêtes n'excluent ni la plaisanterie, ni la gaieté.

Je n'ai pas le mérite de ces observations, M. le général Betzki les avait faites avant moi, et je ne fais que transcrire une page de ses lettres.

Mais à ces observations j'en ajouterai une autre que je soumets au discernement de Votre Majesté. Ces enfants ont joué pour nous ; mais ne conviendrait-il pas qu'on jouât pour eux? Ne serait-il pas à propos que de grands acteurs les intéressassent, les agitassent, excitassent leur indignation contre les méchants, fissent couler leurs larmes sur le malheur des bons ? En scène, ils sont nos prédicateurs ; au parterre, ils seraient, les auditeurs et les prêches.

En voyant jouer, ils apprendraient à bien jouer ; en voyant jouer, ils seraient instruits et touchés.

Ces deux ou trois représentations qu'on leur donnerait par an ne pourraient-elles pas devenir une récompense pour ceux qui auraient bien rempli leurs devoirs et dont on serait satisfait, les seuls à qui on perjneltrait d'y assister ?

Je confie à Sa Majesté Impériale mes pensées comme

4o6 DIDEROT ET CATHERINE II.

elle me viennent. La grâce que je lui demande, c'est que si, par hasard, il s'en trouve une qui lui paraisse sensée, de vouloir bien se la rendre propre, sans quoi il y a cent à parier contre un qu'elle restera sans effet.

On se fera un plaisir, un honneur de seconder la vue de Votre Majesté ; si cette \ue est d'un petit particulier comme moi, qui s'en vient de huit cents lieues se donner les airs d'approuver ou de blâmer, cela se réduira à rien, si ce n'est à me faire des ennemis.

Je crois que toutes les cours se ressemblent; pour tous les souverains. Votre Majesté Impériale m'a bien appris le contraire.

Ainsi j'ose demander et espère obtenir de Votre Majesté Impériale, qu'elle gardera par devers elle tous mes petits papiers pour en faire l'usage qui lui conviendra.

Je suis avec le plus profond respect, de Sa Majesté Impériale, le très humble et très obéissant serviteur,

DIDEROT

Peut-être ne faudrait-il songer à quelque innovation que quand je serai éloigné.

Lorsque je n'aurai pas l'honneur de faire ma cour à Votre Majesté, elle peut être assurée que je suis penché sur mon bureau et que je m'occupe à lui témoigner mon entier et profond dévouement comme je puis.

PROJET d'une pièce DE THEATRE. 407

Sans attendre un acquiescement dont il était sûr, Diderot indiqua, peut-otrc le jour même, ce qu'où pourrait tirer d'une adaptation des Femmes savantes. Le feuillet suivant n'a pas de titre.

Projet d'une pièce de théâtre où les jeunes élèves de Sa Majesté entendront tout ce qu'on leur dira de ridicule en entrant dans le monde, et qui empêcherait ces propos de leur être tenus, soit par leurs parents, soit par les autres femmes, soit par les hommes, si le ridicule en était gaiement et fortement peint.

Il faudrait se conformer, à peu de choses près, à la conduite des Femmes savantes, à la place d'Henriette peindre une élève de votre maison, lui donner deux ou trois amies fort ridicules, introduire à la place de Vadius et de l'autre personnage * deux ou trois jeunes gens fort ridicules, leur opposer un père pupille et faible, un amant très honnête et très bien élevé, et fourrer tout au travers une suivante très gaie, très vive, très mordante, qui se joindrait au père pour défendre l'élève et sa conduite, écarter les sots amants, faire don-

Page 1