‹ Diderot et Catherine IIChapitre 111 sur 185 · ENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS

Malgré quelques protestations isolées et tardives, Diderot est bien légitimement considéré aujourd'hui comme le père de la critique d'art en France. Il n'est pas seulement le premier qui ait substitué à de froides analyses, à de pédantesques conseils sur le genre « noble », la magie de sa propre couleur, l'anecdote pittoresque ou gaillarde, les réminiscences personnelles ; il a surtout et avant tout la gloire d'avoir compris Chardin et La Tour comme nous les comprenons aujourd'hui, de s'être montré sévère pour Boucher dans la mesure qui convenait et d'avoir deviné David ; n'en voilà-t-il pas assez pour se faire pardonner d'avoir traité les eaux-fortes de Rembrandt de « gribouillages* », ce Rembrandt qu'il appelle cependant quelque

I . Voyage de Hollande. Œuvres complètes, tome XVII, page 43o.

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part {( le Tacite de la peinture^ », et d'avoir parlé de Watteau comme d'un bon peintre « de théâtre » ? Quant aux principes mêmes de cet enseignement des arts du dessin, qui tint une si grande place au xviii ® siècle, Diderot subissait vraisemblablement l'influence de son ami Cochin, dessinateur élégant, mais académiste en diable, et il a cru, comme lui, que l'Ecole et tout son appareil pouvaient remplacer cette étude de la nature vraie qui restera la meilleure gloire des peintres de notre temps. Et cependant, n'est-ce pas Diderot qui nous a conservé le souvenir des admirables et paternels conseils de Chardin réclamant « de la douceur, de la douceur » au petit bataillon des critiques^ et disant, pour l'avoir bien connu, le désespoir du jeune artiste lorsque, tout frais émoulu des doctrines de ses maîtres, il se trouve en présence de la réalité des choses ?

Diderot était un « curieux » et c'est même une particularité qui le distingue, entre bien d'autres, de ses grands contemporains Voltaire, Rousseau et Montesquieu. « Il ne se refusait pas un livre, dit madame de Vandeul; il avait des fantaisies d'estampes, de pierres gravées, de miniatures ; il donnait ces chiffons le lendemain du jour où il les avait achetés, mais il lui fallait un peu d'argent pour les payer. » Il en est parmi nous qui mettraient volontiers à la place

1. Pensées sur la peinture. Œuvres complètes, tome XII, page 5.

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