DES ACADÉMIES
n'en vois pas d'autres raisons que sa dépendance de la cour et la crainte de perdre sa place, qui lui ôtent toute énergie, et puis il a obtenu le cordon bleu de son état. Il est mêlé avec des grands auprès desquels il perd son temps et son élévation avec le goût du travail. Il est assujetti à des séances régulières oii il prend celui de la paresse et de l'amusement. Et puis le périodique de la pédanterie ! Ce sont une suite de beaux génies et non une académie qui forment une langue. Rabelais, Marot, Malherbe, Pascal, Corneille et Racine ont fait la nôtre. Une académie ne la perfectionne point, ne lui conserve point la pureté; elle n'en fera jamais bien le dictionnaire, quoiqu'il semble que cet ouvrage lui soit propre.
L'Académie française n'a fait qu'un mauvais dictionnaire français, quoiqu'ils y aient travaillé quarante pendant cent cinquante ans. C'est que l'ouvrage d'un corps n'est l'ouvrage de personne. Les ouvrages commandés par le ministère ne se font jamais. Racine et Boileau n'ont pas écrit une ligne de l'histoire de Louis XIV; Voltaire n'a pas écrit une ligne de l'histoire de Louis XV; Duclos, pas davantage; Marmontel suivra leur exemple * .
Le ministre paye bien; si l'ouvrage s'achevait,
I. En écrivant ceci, Diderot oubliait ou ignorait qu'on avait publié en 1780 sous le titre de Campagnes de Louis XIV un fragment, retrouvé dans les papiers de Valincourt, du travail rédigé par Racine et par Boileau pour satisfaire aux obligations de leur charge ; le surplus aurait été détruit dans l'incendie qui
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l'honoraire finirait, et afin que l'honoraire dure et que l'ouvrage ne finisse pas, on ne le commence pas.
L'histoire des arts mécaniques a coûté sept cent mille francs à l'Etat, et Réaumur, qui en était chargé, est mort sans en avoir publié une page * . . Si le dictionnaire de notre langue se fait bien, ce sera par un seul homme.
Si l'histoire des arts mécaniques s'achève, c'est que le ministre ne s'en mêle plus et qu'un seul homme est chargé de l'entreprise.
Quand on s'occupe à faire naître des hommes de génie, on peut abandonner la langue à son sort, elle va toute seule.
Un dictionnaire et une grammaire faits trop tôt en retarderont plutôt qu'ils n'en avanceront le progrès, comme toutes les règles précoces.
En général, les ouvrages élémentaires bien faits supposent l'art ou la science poussée à sa perfection.
consuma la bibliothèque de Valincourt. Voltaire avait donné en 1768 son Précis du règne de Louis XV. Par contre Diderot ne pouvait connaître ni les Mémoires secrets de Duclos sur le règne de Louis XIV, la Régence et le règne de Louis XV (1790-1791, 2 vol. in-80), ni la Régence du duc d'Orléans, par Marmontel (i8o5, in-8''), dont la mise au jour est postérieure à sa mort et à celle de leurs auteurs.
I. La direction de cette Description des Arts et Métiers, faite et approuvée par Messieurs de l'Académie des sciences, dont la pensée première remontait à Colbert, avait été confiée à Réaumur, qui mourut, en effet, avant la publication des premiers volumes. Sur cette entreprise, souvent confondue avec V Encyclopédie, à laquelle, au contraire, elle faisait concurrence, voir la Grande Encyclopédie, tome XV, pages loio-ioii.