AVANT-DERNIER FEUILLET
Sa Majesté Impériale a désiré :
1° Qu'on lui arrangeât seize ou dix-sept tant corné-
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dies que tragédies pour ses précieux el charmants enfants. Et cela sera fait.
2° Qu'on lui fît passer tous les règlements et tous les détails relatifs à notre justice consulaire. Et cela sera fait.
3° J'ai promis d'envoyer à M. le général Betzki des notions élémentaires de mathématiques que Clairaut a faites autrefois pour l'enfant d'une de ses amies. Et cela sera fait * .
4° Je me suis engagé à satisfaire M. le comte de Munich, qui travaille au catalogue des peintures de Sa Majesté Impériale, sur toutes les difficultés que . cet objet pourrait lui présenter. Et cela sera fait ^.
I. Le tome XXX des manuscrits de Diderot à la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg a pour titre : Premières notions sur les mathématiques à l'usage des enfants, ou Premier livre classique du premier cours d'études, et porte en sous-titre : « Il peut aussi servir pour la maison d'éducation des jeunes demoiselles ». (111-4°, 4i fl-) Sont-ce là les notices que Clairaut aurait rédigées pour « l'eniant d'une de ses amies )> (sans doute madame Du Chàtelet)? M. Joseph Bertrand, aprîs avoir examiné le texte dont j'avais présenté une copie à l'Académie des sciences, a déclaré, dans la séance du 7 mai i883, que ces principes, exclusivement géométriques, ne sauraient être de Clairaut. La copie en «question a été déposée à la Bibliothèque de l'Institut.
a. Dans le tome XXI des manuscrits de Saint-Pétersbourg est reliée à la suite des Pensées détachées sur la peinture une liste intitulée : Xoms des peintres et leur genre. C'est une nomenclature Tort sèche d'artistes de toutes les écoles, le plus souvent simplement nommés, ou caractérisé par des remarques telles que cellesci : « Bon peintre » ou : « A écrit sur les arts. )> Il y est parfois aussi question de tableaux vus à Dresde. Ce sont là sans doute des matériaux trop informes pour avoir jamais pu servir au comte Ernest de Miuùch, à qui Diderot les destinait. Le premier catalogue de l'Ermitage, imprimé en 1774 à quelques exemplaires et dont la rareté fait le principal mérite, a été réimprimé par Paul Lacroix dans la Revue universelle des arts (tome XIII, 1861).
5° Je continuerai certainement, jusqu'à la fin de ma vie, à exécuter dans mon pays tous les ordres qu'il plaira à Sa Majesté Impériale de me faire passer ou •directement, ou par la voie de ses ministres.
Et, quand j'aurai fait tout ce qui dépendra de moi, je resterai encore fort en deçà de la reconnaissance que je dois avoir de tous ses bienfaits et de toutes ses bontés.
Il m'est venu en pensée quelques autres moyens de la servir, et je souhaite de tout mon âme qu'ils puissent lui être agréables.
Je crois avoir l'honneur de lui être bien connu, et, quel que soit le jugement qu'elle porte de mes projets, j'espère qu'elle n'y verra rien que de conforme au bien du genre humain, à l'intérêt de sa nation et à la droiture de mon caractère. Jusqu'à présent, je n'ai pas eu le bonheur de faire pour son service quelque chose selon mon cœur et ce que je puis avoir reçu de talent ; peut-être serai-je à l'avenir plus heureux.
Je vais essayer.
Tantôt c'est un mémoire anonyme sur la colonie de Saratof, qu'il se charge d'annoter et de transmettre à l'Impératrice, ou bien c'est une chaleureuse recommandation en faveur de son hôte.
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Toutes les observations renfermées dans les différents papiers dont Votre Majesté Impériale a eu la patience d'entendre la lecture sont le résultat des entretiens de deux honnêtes voyageurs : votre chambellan, M. de Narischkin, et moi.
Quel que soit le jugement qu'elle puisse en porter, ils seront l'un et l'autre récompensés au delà de leur espérance si Sa Majesté Impériale daigne y reconnaître la sincérité de leur zèle et leur profond dévouements
Tantôt enfin il implore l'indulgence de la souveraine en ces termes qui ne manquent pas de grandeur :
Voilà tout ce que j'avais de philosophie apphcable soit aux circonstances prochaines, soit aux circonstances éloignées de Votre Majesté Impériale.
S'il y a quelque chose qui ait pu lui déplaire, je lui en demande mille pardons. J'ai pu être indiscret, inconsidéré, mais j'ai là, au côté gauche, un censeur sévère, qui m'assure que je n'ai été ni faux, ni méchant. Je suis un philosophe comme un autre, c'està-dire un enfant bien né qui balbutie sur des matières importantes. C'est mon excuse et la leur.
Ils veulent tous le bien, ce qui les expose quelquefois à parler fort mal. Le tyran fronce le sourcil. Henri IV et Votre Majesté sourient.
Une nouvelle conclusion développe et achève ce qu'avait indiqué la précédente :
Et puis voilà Votre Majesté Impériale délivrée de toute la balbutie de l'enfant bien né qui parle sur des matières graves, et qui s'appelle le philosophe. S'il y a par hasard dans tous ces feuillets une bonne ligne, ou s'il n'y a rien qui vaille, et que Votre Majesté Impériale se soit seulement délassée de ses occupations importantes par le spectacle des efforts aussi puérils que singuliers d'un spéculateur qui s'avise dans sa petite tête de régir un grand empire, il sera plus que sulTisamment récompensé de ses rêveries et de ses veilles par l'indulgence incompréhensible de Votre Majesté Impériale, ce qui ne l'empêche pas de se prosterner à ses pieds et de lui demander mille pardons de l'indiscrétion de son caquet politique. Quelque peu d'importance qu'il y ait attaché, si Sa Majesté Impériale fermait les yeux sur la sincérité de son zèle, il ne se croirait jamais suffisamment excusé.
Quoi qu'il en soit. Sa Majesté Impériale aura dans ces feuillets la juste mesure de toute la capacité et de
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toute l'incplic d'un particulier qui écrit des choses publiques, et le temps qu'elle aura bien voulu donner à leur lecture lui épargnera tout celui que son goût pour des vues utiles lui aurait fait accorder à une infinité de productions à venir, qui ne seront ni pires ni meilleures que celles-ci. Au premier papier politique qui lui tombera ertre les mains, elle le jettera loin d'elle et elle dira : « Cela est fort bien ; cela est tout juste do la force de mon philosophe, dont la dernière page est excellente » ; et cette dernière page, oii je m'apprécie moi-même et les autres à notre juste valeur, est celle-ci, et c'est aussi la seule dont je fasse quelque cas.
Il y a dans ces suprêmes aveux plus de naïveté encore que de flatterie, et, malgré son scepticisme professionnel en fait de dévouement, Catherine ne put s'cmpécher de s'y montrer sensible. Aussi, en parlant à Grimm, quelques années plus tard (i8 avril 1776), d'un de ses protégés, le vicomte de Laval, comme du « seul Français » qu'elle ait connu « reconnaissant des bons procédés qu'on a eus pour lui » , elle se hâtait d'ajouter : « excepté cependant Diderot, qui, en toute chose, est un autre homme que les autres ».