‹ Diderot et Catherine IIChapitre 128 sur 185 · I. Voir aux Appendices les pièces cotées B. et C · texte numérisé non relu

I. Voir aux Appendices les pièces cotées B. et C

3. Le comte Ernest-Gustave de Munich, fils du comte Jean- Ernest et de la comtesse Anne-Dorothée, née baronne Magden, mourut général major en 1812,

3. Trawels into Poland, Rassia, Sweden and Demnark. London, 1784, 2 vol. in-^". Le questionnaire de Coke et les réponses de Catherine se trouvent tome P"", p. 366-367 de la traduction de P.-H. Mallet (Genève à Paris, 1786, 2 vol. in-40).

46o DIDEROT ET CATHERINE II.

qu'une vie trop sédentaire avait provoque dans sa vigoureuse constitution, et il dut lui arriver plus d'une fois, comme on le voit à la fin de sa grande dissertation sur l'école des Cadets, de souhaiter sans façon « bonne nuit à l'impératrice, parce qu'il n'en pouvait plus », ou d'en être réduit, de par la « maudite colique », à garder la chambre au lieu de fêter, le verre en main, chez Alexandre Galitzin, l'anniversaire de la Sainte- Catherine. Le palais du vice-chancelier n'était pas la seule maison qu'il ait fréquentée lorsque ses oj^pressions de poitrine et ses tribulations d'entrailles le lui permettaient. Le chagrin et l'embarras que lui avait causés l'accueil de Falconet n'avaient point empêché Diderot d'aller examiner dans son atelier le modèle de la statue équestre de Pierre P% et c'est très certainement à la prière de l'artiste qu'il formula sur le papier, au sortir de cette visite, ses éloges et ses critiques où rien ne fait pressentir la rupture définitive qui éclata peu après. Diderot se voyait accueilli à bras ouverts chez le docteur Clerc, chez madame Sophie de La Font, et de la Haye il chargeait le premier de le rappeler « à tous les dignes commensaux de la table ronde », y compris la belle Anastasia Socolof, fille naturelle de Betzki, mariée au comte de Ribas et devenue la femme de chambre favorite de Catherine, celle-là même à qui un autre Français fixé à la cour de Vienne, Valentin Jamerai-Duval, adressait, quelques années auparavant, de brûlantes épîtres.

SOLLICITATIONS FLATTEUSES. ^Ql

La fatigue physique dont Diderot se plaint dans les quelques lettres qu'il a datées de Saint-Pétersbourc: lui rendait chaque jour plus chère la pensée du retour. S'il eût voulu cependant prolonger sa tournée dans les cours du Nord, ce n'était pas, certes, faute de sollicitations flatteuses. Après l'avoir fait ou laissé dénoncer par Formey, Frédéric ne craignit pas, quelques semaines plus tard, d'employer le comte de Solms, son ministre, à lui arracher la promesse de s'arrêter à Berlin, et Grimm s'évertuait aussi à cette négociation dont il prévoyait l'issue. « Je l'exhorterai bien fort, écrivait-il à Nesselrodc, le 7 février 1774. à aller faire sa cour à M. de Heldenruh*, mais, en ce genre, personne n'a moins de crédit sur lui que moi, parce qu'il faut le traiter comme un enfant, gronder, tancer et que je ne sais empiéter sur la liberté naturelle de personne, pas même des enfants. » Un moment, toutefois, Diderot feignit de se laisser convaincre, mais, dit le même Grimm, « c'était encore une conversion hypocrite dont je ne fus pas la dupe » .

Le philosophe repoussait en même temps l'offre de se rendre auprès de Gustave III, que nous révèlent deux fragments inédits de la correspondance de Nolcken, ambassadeur de Suède à la cour de Russie; et bien que la démarche n'ait pas abouti, il n'en est pas moins curieux de mettre en lumière ce témoignage

I. Sobriquet sous lequel Grimm a parfois désigné Frédéric II dans sa correspondance privée.

inconnu de la faveur dont Diderot jouissait auprès de la propre sœur de Frédéric II, la reine douairière Louise-Ulrique^. C'était elle, en effet, qui avait chargé Nolcken de décider Grimm et Diderot à passer par Stockholm avant de rentrer en France; le premier n'adopta cet itinéraire qu'en 1777, lors de son second voyage en Russie; quant à Diderot, Nolcken nous fait connaître quels impérieux motifs l'attiraient vers la rue Taranne. Il eût été intéressant, à coup sûr, de savoir dans quels termes avait été formulée la proposition de la reine, et de quel voyage Nolcken veut parler dans sa seconde lettre. Malheureusement les Archives royales de Suède sont muettes sur cette négociation d'un caractère tout privé, et le sort des papiers de Nolcken a échappé à mes recherches. Ceux de Beylon, recueillis par Gustave III, se sont trouvés confondus avec les innombrables liasses dont M. A. Geffroy a tiré un si heureux parti. C'est à Upsal même, et grâce à la bienveillance du bibliothécaire, M. Annerstedt, que j'ai pu copier ces fragments^. Alors même qu'ils ne nous révéleraient pas un détail ignoré de la vie de Diderot, ils fourniraient au besoin une nouvelle preuve de cette universahté de la langue française que Rivarol

1. L'acte de décès de Diderot, relevé par Jal à Saint-Roch et aujourd'hui détruit, le qualifiait de « membre des Académies de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de Stockholm » ; mais il n'avait droit en réalité qu'aux deux premiers de ces titres.

2. Tome LI de la collection déposée à Upsal, conformément au testament du roi.

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allait proclamer, quelques années plus tard, en pleine Académie de Berlin : c'est en français, non sans quelques incorrections, j'en con\dens, que s'écrivaient un Suisse et un Suédois, et c'est encore en français que ce même Suédois rédigeait la majeure partie de ses dépêches diplomatiques. Jean-François Beylon appartenait, il est vrai, à une famille originaire d'Espagne qui, longtemps fixée à Montélimar, avait, lors de la révocation de l'édit de Nantes, émigré h Lausanne où elle est encore représentée. Tout en stipulant avec le duc de Choiseul, durant un séjour à Paris, les conditions du premier voyage de Gustave, alors prince royal, à la cour de Louis XV, il s'était introduit dans le monde encyclopédique, et un bordereau conservé par Grimm nous le montre souscrivant à vingt épreuves de l'estampe « tragique et morale » gravée en faveur de la famille Galas ^ Cette part faite à la « sensibilité » ne nuisait en rien à ses talents de négociateur ; il obtint même, paraît-il, une pension du gouvernement français, tandis que sa souveraine d'adoption lui accordait la croix de l'Etoile polaire et l'admettait dans sa familiarité à titre de lecteur. M. GefFroy accuse Beylon de ne s'être point fait scrupule d'envoyer à notre ministre des Affaires étrangères copie de certaines lettres écrites par Louise-Ulrique à Frédéric; mais cet abus fut pardonné ou ignoré, car

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