‹ Diderot et Catherine IIChapitre 13 sur 185 · LES INDISCRÉTIONS DE RLLIUÈRE · texte numérisé non relu

LES INDISCRÉTIONS DE RLLIUÈRE

de sa connaissance. Vous l'engagerez à lui faire la proposition de vous céder son manuscrit au moyen d'une somme que vous lui payerez en dédommagement des profits qu'il en espère, et cette somme, je ne vous la fixe point : deux, trois, quatre cents ducats, plus ou moins, selon que vous sentirez les prétentions de l'auteur. Je vous dis de vous adresser à M. Diderot ; mais, dans le cas où M. de Rulhière vous serait à vous-même assez connu, vous êtes le maître de vous aboucher directement avec lui. Vous pouvez choisir celle des deux voies qui vous paraîtra la plus facile pour remplir votre objet et avec le moins de bruit qu'il sera possible. Vous ne montrerez point d'empressement extraordinaire, et surtout vous cacherez soigneusement que vous ayez eu d'ici le moindre ordre à ce sujet. Si, de façon ou d'autre, M. de Rulhière entend à vos propositions, en vous remettant son manuscrit, il y joindra une assurance d'honneur et signée de sa main qu'il n'en garde chez lui aucune copie et qu'il ne publiera jamais rien de pareil. Vous observerez de ne point envoyer cette pièce par la poste ; vous devez la garder chez vous jusqu'à ce que vous ayez une occasion sûre de me l'envoyer et pour la somme que vous aurez payée, vous tirerez aussi sur moi. J'attendrai de vos nouvelles, monsieur, sur l'exécution de cet ordre, et suis avec une sincère estime, etc.

» PRIÎÏCE A. GALITZIN. »

Khotinski se mit aussitôt en campagne, mais le résultat définitif ne fut nullement celui qu'attendait l'entourage de l'Impératrice ; la dépêche suivante, dont les Archives de l'Etat possèdent le chiffre et la traduction, ne laissait aucun doute à cet égard.

« Gompiègne, 3/i4 août 1768,

» Après avoir reçu la lettre de Votre Excellence, en date du 24 juin, concernant l'ouvrage de M. de Rulhière, que je ne connaissais pas, je me suis adressé à M. Diderot, auquel j'ai communiqué la lettre de Votre Excellence. D'abord il s'est étonné de ce que j'avais été chargé de cette commission et par le canal de Votre Excellence. En m'expliquant qu'il avait écrit à ce sujet à M. Falconet, il a objecté, à l'endroit oii Votre Excellence me donnait le pouvoir d'offrir à l'auteur de l'ar-^ gent jusqu'à une certaine somme, que cela n'était pas trop proposable, vu qu'il ne faisait pas métier d'écrire, qu'il était capitaine de dragons et que cent ou quatre cents ducats ne faisaient pas un objet pour lui ; qu'il avait trois mille livres de rente. A cette occasion, il me dit en passant que, dans le commencement, il avait estimé le sacrifice de l'ouvrage à vingt-quatre mille livres ; qu'au reste, il fallait tenter, et il me conseilla de m'engager personnellement en supposant que j'aurais entendu parler dans le public de son ouvrage qu'il me fit connaître en gros, et que, suivant le résultat de

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