J)II)1:R0T KT CATIIEKINE II
ment. — De la \oir beaucoup? — Beaucoup. — C'est une grande souveraine.'* — Très grande. — Et la figure ? et l'esprit ? et l'âme ? et le caractère ? — Jugez, madame, jusqu'où ce texte me mènera. Ah ! si je pou>ais me rappeler tout ce que la présence de Votre Majesté m'a fait sentir ! Mais je ferai de mon mieux ; pour les émer\ eiller il ne s'agit que d'être Nrai, et j'en ai l'habitude.
)) J'oubliais de dire à Votre Majesté que j'ai été un peu piqué que mon compagnon de voyage vous connût aussi bien que moi et parlât de vous avec la même chaleur ; c'est un déplaisir que j'aurai souvent et auquel je ne me ferai jamais. Toute ma vie, je serai jaloux de celui qui aura la prétention de parler de vous mieux que moi.
» Je me prosterne d'ici vers le nord ; je réitère à Votre Majesté Impériale mon action de grâce de toutes ses bontés; et je mouille encore sa main de mes larmes.
» Je suis, avec le respect le plus profond, de Votre Majesté Impériale le plus humble et le plus dévoué serviteur.
» DIDEROT
» A la Haye, ce 8 avril 1774.
» Votre Majesté Impériale aurait-elle la bonté d'ordonner à Grimm de me dire un mot de sa santé .^* »
SKCOND SKJOl n A I. A UAYK 483
Dideiol asait en effet rapjiurltî à la Haye le manuscrit préparé par le docteur Clerc de la traduction des Plans et Etablisse menls ordonnés par Sa Majesté CalJwrine II, rédigés par Betzki, ou sous ses ordres, et dont l'impression devait être confiée aux presses de Marc- Michel Rey à Amsterdam ; mais la tâche du [)hil< »sophc ne devait pas se borner là. « Votre manuscrit, écrivait-il à Clerc, est fourré de hgnes qu'aucun censeur royal n'aurait osé laisser passer», et il y introduisit, ainsi qu'on l'a vu (p. 349), ^i^ux morceaux au moins qui lui appartiennent légitimement; puis il eut à faire imprimer les Plans et Statuts à la fois dans le format in-^" et dans le format in-12 par un typographe qu'il traite, dans une lettre à Betzki, de « grosse vieille rosse poussive 1 » . On ne sera donc pas surpris que Diderot
I. \oici la description bibliographique de ces deux éditions:
— Les Plans et Statuts des différents établissements ordonnés par Sa Majesté Impériale Cotlierine II pour l'éducation de la jeunesse et l'utilité générale de son empire, écrits en langue russe par M. Betzki et traduits en langue française, d'après les originaux, par M. Clerc. AAmsterdain, chez Marc-Michel Rev, MDCGLXXV, ■2 vol. in-'i".
Frontispices, plans, lleurons et culs-de-lampe portant des légendes ou des signatures en langue russe.
— Les Plans et Statuts des différents établissements ordonnés par Su Majesté Impériale Catherine II... X Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, MDCGLXXV, 2 vol. in-8».
IJu des frontispices a été réduit et placé en tête du tome I.
Les deux éditions ont la même épigrraphe : " Un i)on prince est semblable à la divinité à (jui 1 oa ne peut rien offrir qui ne fasse partie de ses bienfaits ».
Les Plans et Statuts ont été réimprimés sur le titre suivant :
— Système complet d'éducation publique, physique et morale pour l'un et l'autre sexe et pour les diverses conditions, exécuté dans les di^é-
ait mis six mois d'intervalle entre son retour à la Haye et sa rentrée en France, surtout si l'on veut bien ne pas oublier qu'il revisa durant ce temps plusieurs de ses propres manuscrits, entre autres ses Éléments de physiologie, la Réfutation de l'Homme d'Helvétius, qu'il y recueillit les notes destinées à son Voyage en Hollande, qu'il composa enfin divers petits ouvrages énumérés dans la lettre à Catherine qu'on va lire. Bien qu'il partageât la vie retirée de ses hôtes, il ne pouvait se défendre contre la curiosité respectueuse de ses compatriotes ou des étrangers de passage à la Haye S ni résister aux instances du baron de Gleichcn qui promenait alors ses (( vapeurs » en Hollande et qui l'accompagna dans une excursion à Saardam. C'est de cette époque aussi que datent ses relations avec le célèbre médecin Pierre Camper, auquel il soumettait, au sujet de la variole,
rents établissements ordonnés par Sa Majesté Impériale Catherine II pour l'éducation de la jeunesse et l'utilité de son empire, par M. BetzKi, traduit en français par M. Clerc. Ncvifchàtel, imprimerie de la Société typographique, MDCCLXXVII, 2 vol. in-S**.
L'épigraphe et la dédicace de Clerc à Catherine II sont supprimées, ainsi que les planches et les divers ornements iconographiques. L,' Addition de Diderot se retrouve à la fin du tome II.
I. Voyez dans la Resa till Frankirke, Italien, Sweitz, Holland, etc., du voyageur et orientaliste Jacob- Jonas Bjœrnstahl (1731- 1779) qui se trouvait alors à la Haye, une lettre, datée par erreur du 3i octobre 1773 {sic: 1774)» tout entière relative à Diderot et à son séjour auprès de l'impératrice. Diderot avait même récité à son interlocuteur, entre autres pièces, les Eleuthéromanes, le Roi de la fève, le Passage de la Dwina. Les lettres de Bjœrnstahl, dont il existe deux versions allemande et italienne, n'ont pas été traduites en français, mais on trouve l'analyse de quelques-unes d'entre elles dans l'Esprit des journaux de 1781.
LETTHE A l' I M PKR ATH I C E (l3 SEPTEMBRE 1774) 485
des observations provoquées, selon toute vraisemblance, par la mort récente de Louis XV ^
Les Règlements de Catherine II étaient enfin imprimés et rien ne retenait plus Diderot loin des siens. Il profita de la nouvelle ofTiciellement transmise à I). Galit^in de la paix signée à Koustouch-Kaïnardji pour annoncera sa bienfaitrice qu'il rentrait enfin à Paris.
« Madame,
» Quelle paix ! Quelle glorieuse paix ! Vous l'avez faite telle que l'âme fière de Votre Majesté la voulait, la pointe de l'épée sur la gorge d'un ennemi réduit à accepter ou vos conditions, ou son entière défaite. Le meilleur de vos sujets, le plus zélé pour votre gloire ne s'en réjouit pas plus sincèrement que moi. Je m'en réjouis comme homme, comme philosophe et comme Russe, car je le suis devenu par l'ingratitude de mon pays et par vos bontés. Ce n'est pas au moment oii cette nouvelle allongeait les physionomies de quelques ministres, que j'aurais désiré d'être présent à votre cour; c'est lorsque M. le prince Repnine est arrivé, précédé de ses courriers et de ses cors; c'est lorsque M. le maréchal Roumiantsof arrivera; c'est au milieu des fêtes et des acclamations de vos sujets, que je regrette d'être absent. Voilà, Madame, une grande éiJoque dans votre règne. Vous en serez plus redoutable