‹ Diderot et Catherine IIChapitre 137 sur 185 · I. Vovcz aux Appendices ces observations cotées E · texte numérisé non relu

I. Vovcz aux Appendices ces observations cotées E

à VOS voisins, plus importante dans l'Europe, et plus auguste aux yeux de vos sujets. Les victoires en imposent au dedans et au dehors. Il semble que ce soit le caractère de ces grandes destinées sous lesquelles le ciel nous avertit de plier, sans compter qu'il se mêle de la reconnaissance pour un souverain qui nous illustre. On peut être malheureux sous un prince guerrier ; mais on est fier.

» Je fais des vœux pour que Votre Majesté s'occupe plus de la durée de la paix que de tout autre avantage. Il est temps que Votre Majesté achève de se couvrir d'une gloire qui émane d'elle seule et qu'elle ne doit qu'à son génie. Le sang de mille ennemis ne peut lui rendre la valeur d'une goutte de sang russe. Les triomphes réitérés font sans doute les règnes brillants; mais les font-ils heureux? Grâce aux progrès de la raison, c'est à d'autres vertus que celles des Alexandrcs et des Césars que notre admiration est réservée. On a trouve qu'il était plus glorieux et plus doux de faire des hommes que d'en tuer. Votre Majesté Impériale me permettra-t-elle de lui représenter que les bons réformateurs, toujours rares, le sont particulièrement dans les contrées où ils sont le plus nécessaires, et que les hommes capables de changer en bien la face des empires ne se montrent qu'à de longs intervalles ?

» Catherine Seconde est venue après Pierre Premier ; mais qui remplacera Catherine Seconde ? Cet être

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extraordinaire peut ou lui succéder immédialement, ou se faire attendre des siècles,

» Salluste, l'historien le plus profond après Tacite, dit : « J'ai beaucoup lu; j'ai beaucoup écouté; j'ai » longtemps médité sur ce que les nations avaient » achevé de grand soit pendant la paix, soit pendant » la guerre. Je me suis interrogé sur les moyens qui » avaient mis à fin tant d'étonnantes entreprises, et il » m'a été démontré que toute la besogne avait été le » produit de quelques hommes. Ce ne sont pas les » grands corps, ce sont les grands hommes qui font » de grandes choses. »

» Les j)euples faibles deviennent forts sous des chefs illustres. Les peuples forts se réduisent à rien sous des maîtres stupides et fainéants.

» Vous avez une jeune nation à former; nous en avons une vieille à rajeunir. Notre tâche est peut-être impossible. La vôtre est sûrement très difficile ; puisse le ciel ne vous en pas distraire un moment, et vous accorder dans une parfaite tranquillité ces trente-six années que Votre Majesté s'est engagée, parole d'honneur, à garder le trône de la Russie.

j) Mais, à propos de parole d'honneur, Votre Majesté a un peu ébranlé la confiance que j'avais dans la sienne. Elle n'avait pas dédaigné de souscrire un traité qu'un certain philosophe avait eu la hardiesse de lui proposer. Eh bien ! ce traité a été violé dans tous ses points, précisément conune un traité de souverain à

souverain. Ah! si les Turcs savaient cela! Il clait dit par ce traité que Sa Majesté Impériale restituerait ce philosophe dans ses foyers, tel qu'il était lorsqu'il s'en éloigna. Tout le contraire s'est fait. Il est allé, il a séjourné, il est revenu, sans hourse délier. On a même réparé jusqu'aux petits dommages qu'il a soufferts sur les grands chemins ; ce conducteur très aimable et très instruit qu'on lui a donné s'est moqué de ses réclamations; et voilà. Madame, comme dans ce pacte, ainsi que dans tous les autres, il n'y a rien eu de sacré et que le plus fort a, selon l'usage, donné la loi au plus faible.

» Lorsque je pris congé de Votre Majesté, je lui prédis que j'étais encore* à six mois de mon pays. Je ne me suis trompé que d'un mois. Je cours le septième.

» Les plans et les statuts de vos établissements sont imprimés et sur le point de paraître. Incessamment on lui présentera un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qui existent, du moins pour ceux qui savent peser les productions de l'esprit dans la balance de la raison. Cet ouvrage est le vôtre. J'espère que Votre Majesté Impériale trouvera fort bonne grâce à la sagesse russe habillée à la française.

» Je répéterai à Votre Majesté ce que j'en écris à M. le général Betzki. Il est impossible qu'on ne bénisse pas, et dans l'empire et chez les autres nations la souveraine qui a ordonné ces instructions. Si sa constance parvient à les consolider, elle s'immortalisera

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par le bien qu'elle aura fait. Si des obstacles, qui sont quelquefois au-dessus de la puissance des rois, s'y (apposent, elle s'immortalisera par le bien qu'elle aura voulu faire.

» A l'occasion des honneurs que le Sénat a décernés, avec votre agrément, à M. le général Betzki, et cela pour vous avoir dignement secondée, j'ai imprimé que lorsque le temps et le courage de Votre Majesté auraient conduit vos établissements au degré de perfection dont ils étaient tous susceptibles et que la plupart avaient atteint, comme on visitait autrefois Lacédémone, l'Egypte et la Grèce, on visiterait la Russie, mais par une curiosité et mieux fondée et mieux récompensée; et je ne m'en dédis pas. Lycurgue fit des moines armés; sa législation fut un sublime système d'atrocité. L'humanité sert de base à la vôtre. Il forma des bétes féroces très formidables. Vous travaillez à former des citoyens honnêtes et des défenseurs de la patrie qui se feront craindre dans les camps et chérir dans la société.

» Au milieu du renversement général de notre ministère, j'ai senti combien ma présence pouvait servir à mes enfants, mais j'ai tenu ferme. Je n'ai redouté qu'un reproche de Votre Majesté, qui n'en sera point surprise. A présent que j'ai vu la fin de ma tache, je vais les retrouver; je vais me réinstaller dans mon foyer, au milieu de ces livres dont je dois la possession à votre bienfaisance. Mes concitoyens auront peu de

AgO DIDEnOT ET CATHERINE II.

questions à me faire; car je n'ai pas attendu jusqu'à ce moment pour les entretenir de Votre Majesté.

» Elle a reçu le petit Code moral^ dont je lui avais parlé. Je souhaite qu'elle n'en ait pas été mécontente. Il y a de la simplicité dans le style et de la suite dans les idées. Il est fondé sur l'existence d'un Etre qu'elle reconnaît. Votre Majesté veut un grand spectateur qui s'incline vers la terre et qui la regarde marcher. Elle ambitionne au haut de l'atmosphère un approbateur digne d'elle. Pour moi, chétive créature, je m'esquive et je vais comme si personne ne me regardait.

» Si je manquais à remplir quelques-unes des commissions qu'elle m'a données, ce ne serait pas par oubli. Elle a désiré, je crois, que je lui ébauchasse le plan de deux comédies de caractère que je lui arrangeasse un petit théâtre honnête, à l'usage de ses enfants; que je lui lisse passer les règlements de notre justice consulaire, notre code criminel, nos lois sur les eaux et forêts, et ce qu'on peut savoir de notre police ; et Sa Majesté perdra bientôt un de ses plus fidèles serviteurs, ou cela sera fait.

» Si Votre Majesté n'a pas jugé à propos d'agréer les services de notre anatomiste mademoiselle Biberon, je ne pense pas qu'elle ait été blessée de ses propositions.

» Par une lettre datée du 9 de mai de cette année,

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