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tl'Anlin et de ses papiers, n'avait aucune qualité pour s'opposer à cette publication, non plus qu'à celle de la Religieuse ou de Jacques le fataliste, ni à cette édition prétendue complète des Œuvres de Diderot, donnée par Naigcon, à l'insu de madame de Vandeul. C'était le moment, d'ailleurs, où de toutes parts surgissaient des fragments en vers tels que les fameux Eleuthéromanes, ou en prose, comme le Supplément au voyage de Bougainville, échappés de portefeuilles longtemps fermés et qui, avec le texte d'autres récits parvenus en Allemagne, à titre d'annexés à la correspondance manuscrite de Grimm, continuée par Meister, revenaient peu à peu en France, parfois même sous forme de traduction d'une traduction'.
C'était le moment aussi où Catherine, reniant ses admirations d'antan et ses sympathies hautement affichées pour l'esprit encyclopédique, excluait, dit-on, de ses appartements le buste de Voltaire, soumettait à une quarantaine humiliante, avant de leur accorder une commande, les artistes qui, comme Doyen ou madame Le Brun, fuyaient devant l'orage, chassait de Saint-Pétersbourg quiconque osait non pas même manifester une sympathie pour la Révolution, mais
I. Tel fut le cas du célèbre épisode de madame de La Pommerave dans Jacques le fataliste, analysé par Schiller et traduit de l'allemand par J.-P. Doray-Longrais sous ce titre : Exemple singulier de la vengeance d'une femme, conte moral (Londres, 1793, in-8°). Tel fut encore le sort du Seveu de Rameau qui ne fut d'abord connu parmi nous que par l'adaptation que Saur et de Saint-Geniès avaient tirée de la traduction de Gœthe.
montrer une connaissance intempestive des événements qui se précipitaient et promulguait enfin, par l'ukase du 8 février 1798, un serment de fidélité à la cause royale dont elle avait arrêté la formule et que durent prêter, sous peine d'expulsion immédiate, tous les Français résidant dans l'empire.
Catherine meurt, foudroyée par l'apoplexie, le 17 novembre 1796. Aussitôt éclate une réaction inévitable qui passe au crible sa vie privée, son avènement au trône, ses institutions scientifiques, ses relations ou ses velléités littéraires. L'Europe, qu'elle a tenue trente ans attentive à tous les actes de son rogne, se venge en prêtant une oreille complaisante aux pamphlétaires qui dévoilent les faiblesses de la femme et aux voyageurs qui prennent plaisir à constater que plus d'un de ces établissements établis à grand fracas et à grands frais tombait en ruine du vivant même de la souveraine*. Paul P"" s'acharne à détruire, autant qu'il était en son pouvoir, ce que sa mère a édifié, et c'est miracle si les papiers et les bibliothèques de Voltaire et de Diderot échappent à ses fureurs, alors que Joseph de Maistre date de Saint-Pétersbourg même ses éloquentes diatribes contre les idées et les hommes dont Catherine avait été si longtemps la protectrice. Durant les guerres de la République et de l'Empire, les
I. Voyez notamment les tomes III et IV du Voyage de deux Français dans le Nord de l'Europe (1796, 5 vol. in-8") par Fortia de Piles et de Boisgelin.
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désastres de 1812, les défaites et les humiliations de 181 4 et de 181 5, les archives d'État et les archives privées sont forcément closes et la méthode critique qui saura tirer parti de leurs richesses ne naîtra qu'un demisiècle plus tard. A ce moment, et bien avant que les érudits français eussent été autorisés à pénétrer dans les dépôts de leur pays, aujourd'hui pour la plupart libéralement ouverts, la Russie a donné l'exemple en déversant dans le vaste Recueil de la Société Impériale d'histoire et dans plusieurs autres revues similaires les secrets de ses chancelleries et les correspondances politiques ou intimes de tous les acteurs du grand drame qui s'est joué d'un bout de l'Europe à l'autre ; mais là ne se sont pas bornés les services qu'elle a rendus à notre propre histoire. Tandis que les héritiers naturels du philosophe semblaient prendre à tâche d'efiacer sa mémoire et laissaient, de leur propre aveu, tomber en pourriture les minutes et les copies, conservées par la piété fihale de leur aïeule', les manuscrits de Diderot se retrouvaient au complet à l'Ermitage, et ce sont encore aujourd'hui les collections privées du Tsar qui apportent à l'édition entreprise par Assézat le complément que le lecteur a sous les yeux. Catherine n'a donc pas seulement assuré par ses largesses pécuniaires l'existence matérielle de Diderot et
I. Voyez dans le Bulletin du bibliophile de 1882, p. 43 1, une note du baron Ernouf à ce sujet.
forcé sa patrie à respecter sa liberté jusqu'alors toujours précaire ; elle s'est acquis aussi des droits imprescriptibles à la reconnaissance des penseurs et des délicats qui ont depuis longtemps associé son nom à celui du philosophe dont il est à jamais inséparable.
FlxN.
Collection complète des œuvres philosophiques, littéraires et dramatiques de M. Dideuot. A Londres, 1778, 5 vol. in-8°'.
Voici la masse de toutes les idées qui ont roulé dans le cerveau d'un des plus célèbres penseurs du siècle. On n'a rien voulu en perdre : cette collection est complète, et le siècle, qui doit se réjouir de la posséder, va la transmettre à la postérité, comme un des présents les plus précieux qu'il puisse lui faire. L'auteur, encore plein de vie et de feu, pourra cependant grossir dans la suile le nombre de ces volumes ; il rapportera peut-être du Nord où il promène actuellement son individu philosophique, des
I. Article extrait des Nouvelles littéraires de Berlin. Tome IVjuillet-décembre 1778, n» 3i, mardi 21 décembre 1773, pp. 385, 391. Sur les particularités relatives à cet article, inspiré, selon Grimm,' par Frédéric II à Formey, voyez ci-dessus, p. 77-78.
■connaissances qui, entre ses mains, acquerront des développements que son imagination, encore plus que sa raison, est propre à leur donner, Dans l'assemblée de l'Académie impériale des sciences de Pétersbourg, où il a été agrégé à cet illustre corps, il a demandé des éclaircissements sur l'histoire naturelle de la Sibérie, qu'on a promis de lui donner, et qui annoncent de sa part de nouvelles vues. En attendant quiconque voudra lire et méditer a suffisamment de quoi s'occuper dans un recueil aussi volumineux que l'est celui-ci. Il est vrai qu'il ne contient rien de nouveau, et que les divers morceaux dont il est composé ont tous paru, soit séparément, soit dans l'Encyclopédie, d'où l'on a jugé à propos de les tirer. On sera peut-être bien aise d'en trouver ici une énumération exacte, qui pourra déterminer ceux qui voudront faire l'acquisition de ce trésor à se le procui-er ou à s'en passer. 11 est probable que le gros des gens sensés prendra le dernier parti.
Tome P"", § I. — Prospectus de l'Encyclopédie ou du Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers. C'était l'annonce fastueuse d'un ouvrage, qui n'a point ressemblé à l'idée que ses entrepreneurs voulaient en donner, et qui, de l'aveu de M. Diderot, dans l'article ENCYCLOPÉDIE nc pouvait y ressembler. — § 2. — Système des connaissances humaines, rechaussé de Bacon. — § 3. — De l'éducation publique^ avec cette épigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. — § 4- — Ce sont des vues, parmi lesquelles il y a sans doute de bonnes, mais dont l'ensemble n'est pas praticable. — § 5. — Essai sur le
1. Au sujet de ce livre auquel Diderot a tout au moins collaboré, voyez ci-dessus p. 828.
mérite et la vertu. L'étoffe de cet ouvrage est du comte Shaftesbury; en le traduisant, M. Diderot y a mis quelque broderie. — § 6. — Traité du beau ; c'est un article de V Encyclopédie. — § 7. — De la philosophie des Chinois. Autre article. — § 8. — Eloge de Richardson. auteur des romans de Paméla. de Clarisse et de Grandisson. — § 9. — Choix de quelques articles de philosophie, extraits du Dictionnaire encyclopédique. On passe en revue la philosophie des Égyptiens, des Éthiopiens, des Canadiens, des Celtes, des Chaldéens, des Japonais, des Perses, des Phéniciens, la philosophie Pyrrhonienne, celle des Étrusques ou des Romains, des Sarrasins ou Arabes, enfin des Théosophes. Ces articles n'ont pas été difficiles à faire ; il n'a fallu que les tirer de l'Histoire de la philosophie par M. Brucker en latin ; et souvent on a mis des contresens dans celte traduction*. En général ce grand et profond ou\Tage a été dépecé dans l'Encyclopédie, sans qu'on ait daigné avertir de l'usage qu'on en faisait, ni faire honneur au célèbre auteur d'un travail dont aucun encyclopédiste n'aurait été capable.
Tome II, § I. — Pensées sur l'interprétation de la nature. Amphigouri sublime, où l'auteur, toujours dans les nues, contemple des fantômes qu'il prend pour la nature. Nous en rap}X)rterons ici un endroit suffisant pour en donner l'idée. « La véritable manière de philosopher, c'eût été et ce serait d'appliquer l'entendement à l'entendement ; l'entendement et l'expérience aux sens ; les sens
I. J.-J. Brucker, Hlstoria crîtîca philosophiœ a mundi incunabulis ad nostram usque aetatem deducta. Lipsiae, 1741-1767, 5 vol. in-8o; 3e éd. 1766-1767, 6 vol. in-S». L'auteur en avait donné un Abrégé en 1747- Cette accusation de plagiat, dont la preuve n'a pas encore été faite, avait déjà été formulée dans les mêmes Nouvelles littéraires de Berlin, tome I, p. 77.
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à la nature ; la nature à l'investigation des instruments ; les instruments à la recherche et à la perfection des Arts, qu'on jetterait au peuple pour lui apprendre à respecter la philosophie. » Telles sont les admirables leçons à la tète desquelles l'auteur a mis cette attrayante invitation : H Jeune homme, prends et lis ». — § 2. — Pensées philosopliiques. Ce sont des traits contre la religion, qui ne font honneur ni à l'esprit, ni au cœur d'où ils sont partis. Il y a longtemps qu'on en a émoussé la pointe. — § 3. — Epilre philosophique à un philosophe^. Ce sont des vers; pis ne serait, quand ce serait de la prose. — §4- — Lettres sur les aveugles, à l'usage de ceux qui voient. — § 5. — Lettre sur les sourds et muets, à l'usage de ceux qui entendent et qui parlent. On a dit avec assez de justesse que la lettre sur les aveugles était à l'usage des sourds, et la lettre sur les sourds, à l'usage des aveugles. — § 6. — Principes de philosophie et de morale. — § 7, — Code de la nature'^. « \ous y verrez, dit l'auteur, avec évidence les plus simples et les plus belles leçons de la nature perpétuellement contredites par la morale et la politique vulgaire ». C'est quelque chose de prodigieu.v que l'aveuglement où les hommes ont vécu jusqu'ici et le déplorable état dans lequel les sociétés ont été plongées, jusqu'à ce que de pareils docteurs soient venus répandre la lumière et rétablir l'ordre. Quelle récompense méritent-ils .^ Une bonne dose d'ellébore.