‹ Diderot et Catherine IIChapitre 15 sur 185 · LES INDISCRÉTIONS DE II L" LUI ÈRE · texte numérisé non relu

LES INDISCRÉTIONS DE II L" LUI ÈRE

sa plume soit digne de transmettre à la postérité tous les grands faits dont l'univers retentit. Enfin il allégua maintes autres défaites également modestes.

» Je lui objectai à la fin que je ne pouvais pas m'empecher de rendre compte à ma cour de la démarche que j'avais faite auprès de lui; qu'après avoir établi les motifs qui m'y ont engagé, j'avais à montrer le but que je m'étais promis d'atteindre, les tentatives que j'ai employées, les empêchements que j'ai rencontrés et que, pour être conséquent et constant dans ma manière de voir les choses, je devais indispensablement m'y tenir et indiquer les moyens qui restent pour aplanir les difficultés, ou proposer un nouvel expédient pour parvenir au but que j*ai envisagé; qu'après tout, l'impératrice pourrait voir la chose d'un autre œil que moi ; que, dans ce cas, l'affaire resterait comme non avenue, mais que j'aurais toujours montré le zèle qui m'anime à remplir mon devoir dans toutes ses parties. Il convint de mes raisons et finit par me répéter très fermement qu'il fallait attendre la réponse qui devait arriver sous peu de jours par le canal de M, Diderot et qu'avant qu'elle vienne, il ne prendrait aucun parti à son insu ; je me contentai de ce dernier indice qui me fit comprendre que le plus grand obstacle qui empochait l'auteur d'écouter mes propositions pourrait être une délicatesse de procédés vis-à-vis de Diderot, et je crus qu'il consentirait à tout ce que celui-là lui conseillerait. Je vis

le même soir, dans une maison tierce, Diderot qui me dit avoir cherché en vain à découvrir la demeure de notre homme ; je lui fis part que je l'avais vu et lui rendis en gros notre conversation en lui promettant les détails pour le lendemain. Il vint au rendez-vous que je lui ai donné et, après l'avoir instruit de tout, nous convînmes qu'il le presserait de me céder l'ouvrage. Nous allâmes donc chez ce dernier, et Diderot fit son possible pour le persuader de se rendre à mes propositions; Tautre, pour s'en défendre, répéta de nouveau tout ce qu'il m'avait dit la veille sur le mérite de sa production. Ce qui me déplut à cette occasion^ c'est que Diderot lâchait indiscrètement que, si son ouvrage n'était pas bon, il ne s'en embarrasserait pas, étant persuadé qu'il en serait comme de tant d'autres compilations des gazettes. Tout ceci finit par une déclaration que de Rulhière me fît qu'il ne me délivrerait pas l'ouvrage, à moins que je ne sois chargé de le lui demander de la part de l'impératrice.

» Diderot prononça que ce procédé de sa part était honnête, raisonnable, et que je devais en être content pour faire ma réponse. Je n'ai pas relevé cette imprudence, dans l'espérance qu'elle aurait échappé à de Rulhière, vu qu'immédiatement après, Diderot entama avec enthousiasme une conversation sur ce que l'on disait d'un petit écrit que l'auteur vient de finir pour être lu à l'Académie le jour de Saint-Louis. Il l'a vanté en tout jusqu'à lui adjuger le prix, mais en annon—

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