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laissa pas que d'être laborieux. Au lieu de le faire tout d'une traite, sauf huit jours donnés à Berlin et à Potsdam, il éluda la corvée et passa par Dresde, au grand mécontentement de Frédéric et aussi de Grimm. Pour comble de malheur, il tomba deux fois malade, à Duisbourg oii il fut soigné par le célèbre médecin Leidenfrost, et à TS'arva. Enfin il atteignit Pétersbourg le lo octobre; mais là, une pénible déception lui était réservée. Narischkine lui avait proposé un appartement dans son palais. « Mon père, dit madame de Vandeul, ne voulut jamais blesser à ce point l'amitié ; il voulut descendre chez Falconet ; il y arriva avec des douleurs d'entrailles causées par les eaux du climat où il n'était pas encore fait. Falconet le reçut assez froidement, et lui dit qu'il avait un très grand chagrin de ne pou voir le loger, mais que son fils, arrivé depuis peu de jours, occupait le lit qui lui était destiné *. Mon
schall, Des russischen Beichshanzlers Grofen Nesselrode Selbsthio- (jraphie (Berlin, 1868). Elles ont été citées par fragments dans les appendices de la correspondance de Catherine et de Falconet éditée par M. Polovstof pour la Société historique russe (tome XVII) et reproduites intégralement par M. A. Bilbassof dans un livre (en langue russe) intitulé : Diderot à Saint-Pétersbourg (Saint-Pétersbourg, i884, in-80). M. Bilbassof a donné aussi, sous forme de pièces justificatives, tout ce que les récentes publications russes et françaises lui ont fourni de documents originaux sur les rapports de Diderot et de Catlierine.
I. Le mécompte de Diderot était légitime, mais il faut reconnaître que le statuaire semble bien s'être trouvé pris au dépourvu : « Il pleut des Falconet à Saint-Pétersbourg, écrivaitil à l'impératrice le 20 août 1773; ne voilà-t-il pas qu'hier au soir mon fils est arrivé de Londres sans dire gare, sans m'avertir, sans m'écrire I »
DIIJEHOT A SAINT-PÉTERSBOIRG . ^3
père, ne pouvant se résoudre à chercher une auberge clans un pays dont il ne connaissait ni les mœurs, ni les coutumes, demanda une plume et de l'encre, écrivit un billet au prince de Narischkine et le supplia de lui donner retraite, s'il le pouvait sans être trop incommodé. Le prince l'envoya chercher en voiture et le garda chez lui jusqu'au moment de son déparU.. La lettre que mon père écrivit sur la réception de Falconet est déchirante. Ils se virent pourtant assez souvent pendant le séjour de mon père à Pétersbourg, mais l'àme du philosophe était blessée pour jamais, »
Associé étranger de l'Académie des Beaux-Arts depuis le 10 janvier 1767, Diderot, à peine débarqué, se vit nommer, en même temps que Grimm, membre titulaire de l'Académie des sciences, et tandis que Grimm se prétendait humiUé de cet honneur « comme un enfant l'est d'avoir reçu le fouet », son ami adressait à ses nouveaux collègues un premier remerciement resté inconnu, complété par le billet suivant, adressé au secrétaire perpétuel de cette Académie *, et dont je dois copie à M. Etienne Charavay, qui a eu l'original entre les mains.
I. Le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences était depuis 17C9 Jean-Albert Euler, professeur de physique, né le 16 novembre i~3^, à Saint-Pétersbourg où il est mort le 6 septembre iSoo. Son père, le célèbre mathématicien, vivait encore, et Diderot, qui l'appelle « le bon et respectable Euler », le vit plusieurs fois pendant son séjour.
« Monsieur,
» J'ai fait passer à l'Académie, par les mains de M. Stahlin *, que j'en croyais le secrétaire, la véritable expression de ma reconnaissance. Si je méritais davantage de m'appeler le confrère des Euler, j'en serais peut-être encore un peu plus flatté. Mais on fait tant de grâces dans ce monde-ci qu'une de plus ou de moins n'est pas une affaire. Voici mes titres :
» Dionisius Diderot, socius Academîœ Berolinensis et Academiœ artium Petropolitanœ.
» Je présente mon respect à monsieur votre père et je suis, avec cette considération distinguée que l'on doit à l'héritier de ses vertus et de son génie, )) Monsieur,
» Votre très humble et très obéissant serviteur,
» DIDEROT
» Ce 25 octobre 1773. »
Si la date précise et les circonstances de la présentation de Diderot à Catherine ne nous sont pas exactement parvenues, les témoignages de la bienveillance avec laquelle il fut accueilli et aussi des libertés qu'il prit avec l'impératrice surabondent ; mais tous ne sont pas, tant s'en faut, de même valeur. En dépit, ou
I. Jacques de Stahlin, professeur d'éloquence et de poésie, né à Memmingen, le 10 mai 1709, prédécesseur de J.-A. Euler dans les fonctions de secrétaire perpétuel, mort à Saint-Pétersbourg, le 20 juin 1785.
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plutôt en raison morne de leur situation, Durand de DislroIT ou sir Robert Gunning, chargé d'affaires de la Grande-Bretagne, ne pouvaient questionner ou laisser parler le philosophe comme Grimm était en mesure de le faire ; aussi est-ce dans les lettres de celuici à Nesselrode qu'il faut chercher le complément et souvent le correctif soit des dépêches officielles, soit surtout des propos inexacts ou malveillants qu'une faveur aussi extraordinaire devait incessamment provoquer à Pétersbourg comme à Berlin et à Paris,
Madame de Vandeul craignait qu'avec son inexpérience des cours son père n'eût commis une foule de « gaucheries » . Ses appréhensions filiales ne la trompaient pas. « L'impératrice en est vraiment enchantée, écrivait Grimm (2 novembre 1778.)^ voilà l'essentiel. Au reste, il lui prend la main, il lui saisit le bras, il tape sur la table, tout comme s'il était au miUeu de la synagogue de la rue Royale *. » Tenons-nous-en à ce croquis, tracé par une main amie, et n'acceptons que sous bénéfice d'inventaire les dires de l'Anglais Grawfurd (ou plutôt de son « teinturier » J.-P. Gallais), ou bien encore ceux de d'Escherny. S'il fallait en croire le premier ^, « Diderot appelait l'impératrice « ma bonne dame », ou rejetait au loin sa perruque