‹ Diderot et Catherine IIChapitre 25 sur 185 · Chez le baron d'HolLach · texte numérisé non relu

Chez le baron d'HolLach

2. Essais sur la littérature française à l'usage des étrangers, Paris, iSo3, 2 vol. in-4**, (tome II, p. 557-558) ou 1818, 3 vol. in-8", (tome III, p. 2^0).

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pour lui faire apprécier la ressemblance du buste modelé de souvenir, par mademoiselle CoUot; d'Escherny \ renchérissant sur les bellos inventions, elle une prétendue lettre de Catherine à madame Geoffrin d'où il résulterait que l'impératrice, pour se mettre à l'abri de la gesticulation de Diderot, interposait entre eux deux une petite table, sinon elle ne sortait de ces entretiens que « les cuisses meurtries et toutes noires ». Ces privautés, qui ne tardaient pas à être connues de la cour et des étrangers, prenaient aussitôt, sous la -plume des gazetiers aussi bien que sous celle des souverains, des proportions inattendues. Frédéric mandait à d'Alembert : « On dit qu'à Saint-Pétersbourg on trouve Diderot raisonneur, ennuyeux ; il rabâche toujours les mêmes choses. Ce que je sais, c'est que je ne saurais soutenir la lecture de ses livres, tout intrépide lecteur que je suis. Il y règne un ton suffisant et une arrogance qui révoltent l'instinct de ma liberté. » Génin a finement observé qu'il aurait du écrire : de ma tyrannie. Bientôt Frédéric faisait pis : furieux de la répugnance que Diderot montrait à passer par Berlin, il s'abaissait à écrire ou tout au moins à ins-

I. Mélanges de Ultéralure, d'histoire et de philosophie (Paris, 1811, 3 vol. in-12), tome III, p. i3i ; Œuvres complètes de Diderot (tome XX, p. i38). Du témoignage même de madame Geoffrin il résulte que cette lettre, si elle a été écrite, ne lui était pas adressée, car sur un billet de Catherine, daté du 11 aoiit .1768, elle a noté qu'elle y avait répondu et que leurs relations épistolaires en étaient restées là. (Recueil de la Société historique russe, tome I.)

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pirer à Formey une diatribe contre l'homme et ses œuvres. « Il faut que vous sachiez, écrit Grimm à Nesselrode, que la feuille que vous m'avez envoyée a couru ici, le jour même, en manuscrit; que Denis l'a vue aussitôt que moi, qui ne lui ai pas dit que je la connaissais ; qu'un certain ministre étranger en a fait les honneurs sans en retirer beaucoup d'honneur et qu'on n'a nullement caché l'auteur... »

u Vous avez bien raison, écrit encore Grimm quelques jours plus tard ; le foyer de toutes les injures qu'on vomit contre lui est à Paris, je le connais bien, mais c'est sa faute. Il écrivit, il y a deux ou trois ans, une lettre fort inconsidérée aux libraires de VEncyclo-' pédie contre un certain Luneau de Boisjermain qui leur avait intenté un procès*. Il avait reçu ce Luneau vingt fois chez lui, comme cent autres polissons dont il ne sait pas le nom. Les libraires firent imprimer sa lettre à la suite de leur plaidoyer; elle était déplacée en tout sens. Denis l'avait écrite cinq ou six jours après mon départ pour l'Angleterre; il s'était bien gardé de la montrer à qui que ce soit, car quand on veut faire une sottise, il faut savoir soigneusement s'en cacher à ses amis. Luneau n'a cessé depuis de l'accabler d'horreurs de toute espèce et comme, par le commerce de la librairie qu'il fait, il se trouve en

r. Cette lettre a été reproduite pour la première fois, ainsi que quelques autres relatives à la même affaire, au tome XIX des Œuvres complètes.

'jiS DIDEROT ET CATHERINE II.

liaison avec tous les journalistes et tous les libraires, il a eu soin de le suivre à la piste dans son voyage jusqu'ici. Je ne doute pas que M. le pasteur Formey ne s'approvisionne à cette boutique-là et que le polisson inconnu qui écrit d'ici ne tire aussi son poison de ce côté-là. Ce qu'il y a de bon, c'est que Denis ne sait rien de toutes ces horreurs-là, et sans l'avis charitable que je ne sais qui lui a donné qu'il courait ici une critique de ses prétendues œuvres imprimée à Berlin et composée par une main très illustre S il n'aurait eu aucun soupçon de tous ces orages. »

En annonçant à d'Aiguillon, dès le G novembre 1 778, que chaque jour, après son dîner, c'est-à-dire vers deux heures, l'impératrice accordait à Diderot une audience qui se prolongeait jusqu'à cinq, Durand ajoutait :

« J'ai dit à M. Diderot ce que j'attendais d'un Français. Il m'a promis d'effacer, s'il est possible, les préjugés de cette princesse contre nous, et de leur faire

I . Les « prétendues œuvres » de Dldeot avaient en effet été publiées l'année précédente à Amstrrdama per Marc-Michel Rey, en cinq volumes in-8"; à côté décrits authentiques, sinon avoués, on y trouvait le Code de la nature, de Morelly, les Principes de philosophie d'Etienne Beaumont , la Justification de plusieurs articles de l'Encyclopédie, par l'abbé de Montlinot, la Lettre au P. Berthier sur le matérialisme, par l'abbé Coyer. Quant à la critique faite par a une main très illustre », je l'ai retrouvée dans les Nouvelles littéraires dont le seul exemplaire actuellement connu appartient à la Bibliothèque royale de la Haye et je la reproduis en appendice. (Voyez la pièce cotée A).

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