CONSEILS ET CONFIDENCES
Par sa nature même ce volume semblait ne jamais devoir sortir des mains de celle à qui il élait destiné ; il n'appartient cependant que depuis quelques années à la bibliothèque privée des tsars, car il a été ofiert, ou plutôt restitué, à -\lexandre II par Abraham Serguiévitch Noroir, ancien ministre de l'instruction publique, mort en 18G9, dont il porte encore Vcx-libris. C'est un petit in-quarto relié en maroquin rouge aux armes impériales, doublé de salin bleu, doré sur tranches et renfermé dans un étui de maroquin rouge. Sur le premier feuillet on ht ce titre : Mélanges philosophiques, historiques, etc. ; année 1773, depuis le 5 octobre jusqu'au 3 décembre, même année, suivi d'une épigraphe caractéristique :
Philosophe, scu puero ingenuo.
De re gravi levitcr loquenti Majestas ejus subridebat -Uiquando, bénigne.
Plus bas Noroff a tracé cette note: « Ce volume, écrit en entier de la main de Diderot, renferme tous les mémoires qu'il a présentés lors de son séjour à Saint-Pétersbourg à S. M. l'Impératrice Catherine II. » L'ex libris gravé est collé en regard du titre sur lequel on ht en outre : Ex biblioth. Abrah. Noroff. Le titre, l'épigraphe, la table qui suit et tout le contenu du volume sont autographes, sauf un mémoire sur les colonies de Saratof, rédigé par un anonyme et que
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Diderot s'est contenté d'apostiller de deux noies insignifiantes, et un feuillet intitulé : Moyen de rendre la religion utile, en marge duquel on lit : « J'ai fait présent de l'original à Gœthe. »
La lecture de la table des matières de ce volume peut seule donner une idée exacte de la variété de son contenue Tantôt Diderot s'élève aux plus éloquentes considérations sur le luxe, la tolérance ou le divorce ; tantôt il descend à des conseils purement techniques, comme le fils du coutelier de Langres pouvait en donner, sur les forges et les fontes de fer; tantôt il s'abandonne à ses souvenirs et retrace les périls auxquels l'exposa la mise au jour de la première Encyclopédie, ce qui ne l'empêchait pas d'en rêver une seconde, mais destinée à la Russie seule et imprimée pour elle : beau projet qui, après bien des promesses et des tergiversations, s'en alla enfumée, comme celui de ce dictionnaire universel de la langue dont il traçait dans une lettre à Falconet le plan gigantesque.
I. Diderot avait, — chose rare, — pris soin de dresser luimême cette table, sans s'astreindre toutefois à la reproduction intégrale des titres primitivement inscrits par lui en tète de ses «feuillets». On la retrouvera aux ajjpendices (pièce G du présent volume) avec ses variantes et il sera facile au lecteur de s'assurer que si j'avais imprimé les pages auxquelles elle renvoie dans l'ordre ou plutôt dans le désordre que présente le manuscrit, j'aurais rendu un assez mauvais service à l'auteur. J'ai donc pris la liberté grande, mais nécessaire, de classer ces fragments aussi méthodiquement que j'ai pu et de les relier entre eux par quelques commentaires où je me. suis efforcé de ne rien dire que d'essentiel.