COMMENT DIDEROT DEVINT BIBLIOTHÉCAIRE DE CATHERINE II
Grâce aux publications multiples dont elle a été l'objet, ainsi qu'aux mémoires, lettres et papiers de toute nature recueillis par divers éditeurs et surtout par la Société historique russe, Catherine II nous est aujourd'hui connue tout entière ; et, malgré les réserves que provoque sa politique ou sa vie privée, il est un point sur lequel panégyristes et détracteurs se sont du moins mis d'accord : à l'exemple de Frédéric II, son voisin et tuteur, devenu plus tard son plus redoutable ennemi, Catherine aima de tout temps les Lettres. Dans la prison de Custrin, où le fils de Guillaume I" expiait ses velléités d'indépendance, comme dans l'exil à peine déguisé d'Oranienbaum
a DIDEROT ET CATHERINE II.
que l'impératrice Elisabeth infligeait à sa nièce, l'un et l'autre avaient demandé à nos grands écrivains le remède de leurs maux et l'oubli de leur inaction. Dès qu'ils l'avaient pu, tous deux aussi avaient adressé leurs hommages au représentant incontesté de la suprématie intellectuelle que nous exercions alors en Europe. On sait comment finit la liaison de Frédéric et de Voltaire. Instruit par une cruelle expérience et retenu d'ailleurs à Ferney par les plus sérieux motifs, Voltaire, en dépit des flatteries de Catherine, se contenta d'entretenir une correspondance où, quoi qu'ils en eussent, se trahit toujours l'absence d'intimité, mais qui servait merveilleusement la soif de renommée de l'une et l'orgueilleuse faiblesse de l'autre. Catherine n'avait eu garde de négliger une autre puissance : sa première lettre à Voltaire est datée d'octobre 1763 ; à la même époque, elle entra en relations épistolaires avec madame Geoflfrin et tint attentif à ses actes le salon le plus influent de Paris. Parmi les familiers de la vieille bourgeoise de la rue Saint-Honoré, qu'un roi appelait sa « maman », et qu'une autre impératrice (Marie-Thérèse) consultait sur le choix d'un gendre, on comptait alors le prince Dimitri-Alexievitch Galitzin et le général Ivan-Ivanovitcht Betzki. Le premier remplissait les fonctions d'ambassadeur près la cour de France ; le second, à qui la malignité publique attribuait des titres sérieux à l'afiection filiale que lui témoignait Catherine II,