ESSAI HISTORIQUE SLH LA POLICE
'.\\. Enlin la Cour des Aides qui. dans l'origine, n'était point sortie du conseil, fut néanmoins chargée de vérifier les lettres relatives aux matières de son département qui est tout financier.
La Chambre des Comptes et le Parlement chargés des mêmes fonctions, quoique dans des matières dilTérentes, furent assujettis aux mêmes devoirs.
Nulle lettre ne devait être passée qu'elle ne fut levée et accordée en présence de tous sur le Burcl.
Lorsque des lettres scellées contre les ordonnances venaient à la connaissance des gens des comptes, ils devaient les retenir avant de les passer ou de les rendre.
Il leur était même enjoint, par tout l'amour et la féauté qu'ils avaient au roi, de ne les passer, vérifier ou enregistrer, ni obéir, ni souffrir y être obéi.
Les obligations des officiers du Parlement ont été les mêmes ; il leur est en effet ordonné de ne passer les lettres qui seraient contraires aux lois, de les casser au contraire comme injustes et subreptices ; et il leur est défendu d'obéir à tous commandements de lx)uche ou par écrit qui leur seraient faits à cet égard.
L'ordonnance de Louis X, ij mai i3i3, et une multitude d'autres imposent la même obligation à leur fidéhté.
33. Voilà les révolutions diverses qu'avait subies notre police; et il y a plus de quatre cents ans qu'elle n'avait souffert de changements remarquables, lors-
qu'elle fut tout à coup bouleversée avec plus de célérité et moins de résistance que Iç chaume d'une vieille cabane n'en oppose à la fureur des vents.
Mais avant que d'aller plus loin, il est une observation importante à faire : c'est qu'on voit successivement plusieurs rois sages prendre des précautions infinies et employer les injonctions les plus fortes pour engager les remontrants ou magistrats à bien faire leur devoir, à vérifier scrupuleusement leurs édits ou volontés, à leur désobéir formellement et à s'exposer à toute leur indignation plutôt que de souscrire à un ordre nuisible. Cependant qu'en est-il arrivé? Rien de ce qui devait en arriver; lorsqu'un roi commande de pareilles choses, il n'est jamais obéi, à moins que ses actions ne montrent bien é\idemment qu'il veut l'être, et quand ses actions l'ont-elles suffisamment prouvé.*^ Je l'ignore; et puis son successeur dit : « Mon aïeul le voulait ainsi ; moi, je ne le veux pas. » Tels étaient pourtant ou le privilège, ou la prétention, non contestée, de ces remontrants que le roi n'en pouvait dépouiller aucun de son état sans lui faire son procès ; ils ne se croyaient amovibles que par la mort naturelle ou violente.
Pourquoi cela n'a-t-il produit aucun bien ? C'est que le tribunal entier était de la création du monarque seul ; c'est que l'aliénation prétendue de la portion d'autorité publique qui lui avait été faite était mal cimentée ; c'est que l'homme du palais ne fut jamais
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l'homme du peuple et qu'il resta toujours l'homme du roi ; il est inutile de m'étendre davantage sur ce point que j'ai suffisamment examiné ii l'occasion de l'enregistrement.
36. Nous étions sous un gouvernement ou, du moins, nous nous croyions sous un gouvernement vraiment monarchique. Un roi qui peut tout sur son peuple ; entre ce roi tout-puissant et son peuple, un corps intermédiaire autorisé à suspendre l'exécution de la volonté du roi ; un roi qui veut inutilement et qui n'est pas obéi, si sa volonté n'est vérifiée, c'est-à-dire déclarée conforme au bien général, par le corps intermédiaire ; déclaration toujours subséquente à une formaUté essentielle, l'enregistrement, la bête noire des ministres.
Tout à coup il s'élève un homme de rien*, sans grande fortune, sans grande naissance, sans grand génie, mais suppléant ces qualités par de la bassesse, de la duplicité, l'esprit de la vengeance, l'ambition et l'audace.
Cet homme qui avait trompé son père et le ministre, son père pour devenir premier président, son père et le ministre pour devenir chancelier, se proposait simplement de rendre au corps des remontrants ou magistrats, dont il avait été chef, quelques mortifications qu'il en avait reçues, du moins on le présume ; mais