I. Les jésuites
i;SS.\I IIISTORIQVK SLR LA POLICE. l35
La querelle devient une affaire juridique.
Le souverain assoupit l'affaire.
Un ministre pervers la réveille.
Et la fin de celte affaire réveillée est le passage d'un gouvernement monarchique à un gouvernement despotique, la ruine d'une nation.
Il y a peut-être quelque légère inexactitude dans la manière dont j'ai dit ([ue l'homme pervers s'était servi du commandant de la province pour parvenir à l'anéantissement de la magistrature, parce que les faits ne, me sont pas assez présents.
Je sais seulement que, dans ledit d'abolition de la magistrature et des remontrants, l'homme pervers fut un maladroit. Au lieu de les montrer comme rebelles au roi, j'aurais fait tout le contraire. Je les aurais montrés comme traîtres à la nation. Et il y avait belle matière pour cela. Je voudrais bien savoir ce que la nation aurait objecté à mille traits plus frappants les uns que les autres, par lesquels l'homme pervers nous aurait démontré la bassesse de nos remontrants, leur corruption, leur inutilité, nos vrais intérêts sacrifiés en <:ent circonstances, et la nécessité de former une plus solide barrière.
Quant à la partie historique, je réponds de la vérité. Je l'ai extraite moi-même des actes particuliers et secrets de la magistrature. Peut-être ces actes serontils un jour publiés.
Et je l'ai écrite à la persuasion de M. Narischkine.
l36 DIDEROT ET CATUliUl.NE II.
Il a pensé que ce tableau qui l'avait intéressé ne déplairait pas à sa souveraine, et que des événements, qui ne ne m'inspiraient que des réflexions ordinaires, pourraient devenir la source de quelque idée grande et profonde, en passant sous les yeux d'une femme de génie, car une femme de génie est celle qui a le jugement sain, la tête forte, une fermeté au-dessus de tous les obstacles, l'âme honnête, l'amour de ses devoirs et le tact de la vérité.
De quoi cette femme ne vient-elle pas à bout, quand à ses qualités elle réunit encore celles qui flattent les hommes, qui les séduisent ? Elle n'a qu'à dire : « Jetez-vous dans le feu pour moi, » et l'on s'y jette. Qu'un homme qui n'apprécie rien la voie au milieu de ses petits-enfants dont elle prépare le bonheur par une excellente éducation, les appeler à elle, les prendre entre ses bras, les caresser, les encourager, il ne verra dans celte femme qu'une mère excellente. L'homme qui pense verra en elle la femme qui connaît le grand ressort et je sais bien ce qu'il se dira, car je me le suis dit.
Ce tableau démontre au moins le prodigieux avantage d'une nation qui tend à la police d'après un plan réglé, et d'une nation qui n'y arrive jamais parfaitement, parce qu'elle suit de siècle en siècle l'impulsion fortuite des circonstances qui donnent lieu à des institutions folles, absurdes, contradictoires; institutions qui prennent avec le temps, des racines si étendues
KSSAI HISTORIQUE SU II LA POLICE. iSy
qu'il devient impossible de les couper. D'où il arrive qu'un peuple paraît policé lorsqu'il est resté barbare et sans ressource.
Il y a des lois, mais incohérentes. Malgré leur incohérence, qu'on ne sent pas d'abord, on s'y conforme. Le temps en fait sortir ensuite les inconvénients et l'absurdité. On s'en écarte un peu. On s'en écarte davantage. On les suit ou on ne les suit pas. Il émane d'un jour à l'autre sur la même matière, d'un même tribunal, des jugements contradictoires. On ne prononce plus selon la loi. On prononce selon les personnes; c'est-à-dire qu'il n'y a plus de lois, quoiqu'on les. cite plus que jamais.