‹ Diderot et Catherine IIChapitre 44 sur 185 · DES ÉTABLISSEMENTS DE S. M. I · texte numérisé non relu

DES ÉTABLISSEMENTS DE S. M. I

valait mieux dire : « Cet impôt sera perpétuel, ne vous y trompez pas. »

Vos établissements sont uniques, vous devez vous en promettre le plus grand bien, ils le produiront. Soutenez-les, soutenez-les tous fermement, et qu'il n'y ait pas un mot dans leurs règlements qu'on va publier, contre lequel on puisse protester.

Votre Majesté Impériale, qui peut dire à toutes demandes, à toutes insinuations : « Je ne le veux pas », aura si bonne grâce à dire : « J'ai promis, j'ai promis solennellement, ma promesse ne serait pas authentique et publique qu'elle n'en serait pas moins sacrée ; mais elle est publique et je n'apprendrai pas à mes sujets à s'en défier. »

Cette réponse si honnête, si belle et si rare ne souffre point de réplique.

J'ai peine à excepter de ces principes, qui sont ceux de votre cœur, le cas môme où la chose serait évidemment mal.

Il faut que le mal soit bien grand pour être réparé au détriment de la parole d'un roi.

J'ai conçu une telle opinion de vos établissements que je serais désolé si on m'apprenait qu'ils chancellent; à plus forte raison, qu'ils sont ou dégradés ou détruits.

Et que le Ciel conserve Votre Majesté assez longtemps pour jouir des fruits précieux qui en résulteront !

Son règne commence où une longue suite de règnes n'arrivent pas.

On lit au frontispice de Saint-Pierre de Rome ; Sixte-Quint, souverain pontife, la première année.

Je puis assurer que cette si simple et si belle inscription irait peut-être mieux encore au frontispice de vos établissements : « Catherine seconde, impératrice de Russie, de son règne, la première année. »

En effet, quel rapport du plus bel édifice de pierre et des institutions capables de changer les lois, les mœurs, les usages, Tesprit national, l'esprit domestique en un mot, toute la face d'une immense nation .^

Que Votre Majesté Impériale soit ferme dans ses résolutions et fidèle à ses promesses.

Elle en sera plus grande dans l'avenir et plus heureuse pour le moment.

Je n'en dirais pas autant à qui n'a pas son génie.

Il y a des souverains qui reculent toujours et qui font bien.

Mais une chose que j'ai à demander à Votre Majesté Impériale, c'est si elle a attaché des fonds à ces maisons, et si ces fonds appartiennent à ces maisons de manière à n'en être distraits par quelque moyen que ce soit. Sans cette précaution, ces établissements peut-être n'iront pas au delà de son règne.

SCRLEFILSDES.M.I. iGq

Cette fois encore, Diderot se trompe : le couvent des Demoiselles nobles et l'Institut des Enfants trouvés ont survécu à toutes les crises de l'autocratie russe depuis un siècle, et cependant jamais les diverses créations de Catherine II ne coururent plus le risque de disparaître que sous Paul l".

C'est une étrange figure que celle de cet enfant maladif, fils d'un père dont on sait la vie et la fin, confié, après le refus de d'AJembert de se charger de son éducation, à un gouverneur frivole et débauché, le comte Panin, tenu par sa mère aussi bien en dehors de son intimité que des affaires publiques, montrant toutefois, lors de son voyage en France, des aptitudes variées et cet esprit de repartie sur lequel, alors et comme toujours, on jugeait un homme ; puis, au lendemain de la mort de l'impératrice, devant son cercueil un moment rapproché de celui de Pierre III et veillé toute ime nuit par ses complices survivants, savourant une vengeance que M. de Yogiié a qualifiée à bon droit de shakspearienne, pour finir lui-même, à son tour, quelques années plus tard, sous les coups de talons de bottes d'un groupe de conjurés.

Rien en 1778 ne faisait présager ces destinées lugubres. Le grand-duc venait d'épouser la princesse Sophie-Dorothée de Hesse-Darmstadt,mais à cette union qui ne devait durer que bien peu de mois, succédait

un nouveau mariage avec Dorothée de Wurtemberg, et ce fut seulement en 1782 qu'il accomplit non une tournée à travers son futur empire, comme le souhaitait Diderot, mais un long et fastueux voyage en Allemagne, en Hollande, en France et en Italie, sous le nom du comte du Nord.

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