MONSEIGNEUR
» La difficulté de pourvoir aux besoins de la vie et l'impossibilité de pourvoir à l'éducation d'un enfant avec une fortune aussi bornée que la mienne avaient enfin déterminé le père et l'époux à dépouiller l'homme de lettres de ses livres. Il y avait longtemps que je cherchais parmi mes concitoyens quelqu'un qui les voulût acquérir, sans avoir pu le trouver, lorsqu'on en a fait la proposition à l'impératrice de Russie, qui a accepté ma bibliothèque et qui m*en a fait délivrer le prix, à condition que j'en resterais le dépositaire et que je recevrais cent pistoles annuelles pour les soins que je prendrais à la former : ce sont ses propres expressions. Je ne sais s'il faut appeler ces cent pistoles une pension ou un simple honoraire, mais je n'ignore pas qu'un sujet ne peut rien accepter d'une puissance étrangère sans y être autorisé par la permission de son roi. J'ose vous supplier. Monseigneur, de demander cette permission pour un homme à qui la faveur qu'on vient de lui faire est si nécessaire.