‹ Diderot et Catherine IIChapitre 6 sur 185 · FELICITATIONS UNANIMES · texte numérisé non relu

FELICITATIONS UNANIMES

» Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,

» DIDEROT

» A Paris, ce 37 avril 1765 *. »

Dès que la nouvelle de la munificence de l'impératrice se fut répandue, les témoignages de gratitude affluèrent de toutes parts et sous toutes les formes. Voltaire récompensa le zèle de Galitzin par une belle lettre où, faisant allusion à son titre d'ambassadeur, il l'appelait « l'espion du mérite et de l'infortune», et, dans sa correspondance avec Catherine, il multipliait les allusions îi ce bienfait. Quoiqu'il eût abandonné depuis plusieurs années déjà la direction de VEncyclopédie, d'Alembert crut devoir joindre ses félicita-

I. Cette lettre, dont l'original appartient à la Bibliothèque nationale, a été publiée, pour la première fois, par M. Louis Ducros (Diderot, r/iomme et l'écrivain, iSgii in-12). J"ai retrouvé depuis, aux Archives nationales, dans les registres de la correspondance de la Maison du Roi, la transcription de la lettre par laquelle Saint-Florentin envoyait à Diderot, dans les termes les plus courtois, l'autorisation qu'il sollicitait.

« M. Didrot (sic), i^ mai 1765.

» J'ai, Monsieur, rendu compte au roi, de la lettre que vous m'avez écrite le 27 du mois dernier. Sa Majesté approuve la vente que vous avez faite à l'impératrice de Russie de votre bibliothèque ; il est très agréable pour vous que vous en conserviez, votre vie durant, l'usage et la garde, et l'impératrice y trouvera aussi son avantage en ce que vous l'augmenterez sûrement encore. Je profiterai avec plaisir des occasions où je pourrai vous marquer les sentiments avec lesquels je vous suis, Monsieur, très sincèrement dévoué. » (Arch. nat. 0^*, 4oi, foiôi, n" 45o.)

lions à celles de son chef de file, et Catherine, qui ne croyait pas, assurait-elle, « s'attirer tant de compliments », ajoutait : « Il aurait été cruel de séparer un savant d'avec ses livres; j'ai été souvent dans le cas d'appréhender qu'on ne m'ôtât les miens » , établissant ainsi, par ce retour sur le temps où Elisabeth surveillait ses lectures comme ses démarches, une sorte de parallèle flatteur entre son propre sort et celui du philosophe ^

Les poétereaux du temps ne perdirent pas si belle occasion d'accorder leurs lyres. Tandis que Légier congratulait Diderot lui-même ^, Dorât adressait à l'impératrice de toutes les Russies une ÉpUre ornée de deux ravissantes planches d'Eisen, gravées par de Longueil, où, mêlés à beaucoup de verbiage, se lisent quelques vers heureux :

Par tes soins il va donc renaître.

Ce philosophe respecté, Et qui fut malheureux peut-être Pour trop aimer la vérité...

Une faveur sublime et rare Lui rend ses dieux et ses amis.

1. La remarque est de M. Alfred Rambaud , qui a, le premier, fait connaître à la France l'importance et l'intérêt du recueil publié par la Société historique russe, dans deux articles de la Revue des Deux Mondes intitulés : Catherine II et ses correspondants français, d'après de récentes publications (i5 janvier et i*' février 1877).

2. Épltre à M. Diderot, 1765, in-8, réimprimée dans les ylmusements poétiques de l'auteur. Londres et Paris, Delalain, i~(î^, in-i2.

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