‹ Diderot et Catherine IIChapitre 56 sur 185 · SUR NOTRE POLICE. IQI · texte numérisé non relu

SUR NOTRE POLICE. IQI

la police où le magistrat lui dit : « \ eus pouvez, monsieur, devenir à présent ce qu'il vous plaira, vous êtes en sûreté. Les fripons qui vous suivaient depuis Lyon, pour vous enlever les deux cent mille francs dont vous êtes porteur, sont pris. »

M. de Morangiès tenait à Bruxelles une femme qu'il avait subornée dans sa malheureuse affaire*. Cette femme, oubliée par M. de Morangiès et abandonnée sans secours, revient en France et est arrêtée à la barrière.

Point de bijoux filoutés qui ne se retrouvent dans la huitaine.

Le roi de Prusse, curieux de connaître le fond de ce mystérieux tribunal, dépêche un émissaire à Paris. Cet homme y demeure trois ans, s'instruit et s'en retourne. « Eh bien ! lui dit le roi, connaissez-vous la police de France ? — Oui, Sire, à peu près. — Qu'est-ce ? — Une branche d'administration qui coûte deux miUions. — Je n'en veux pas savoir davantage, »

I . Le procès en captation et détournement de fonds de M. le comte de Morangiès, maréchal de camp, contrôles familles Véron et Dujonquay, est une des causes les plus retentissantes et les plus scandaleuses du xviii® siècle. Morangiès fut défendu par Voltaire, devenu l'allié assez inattendu de Linguet, mais les amis du patriarche, et nommément Grimm, étaient loin de partager sa manière de voir. Le 28 mai 1778, Morangiès fut déchargé de l'accusation de subornation de témoins, mais condamné à payer 399.000 Uvres aux familles Véron et Dujonquay, 30.000 livres de dommages-intérêts envers les mêmes et 10.000 livres d'amende, sans parler des dépens. Je n'ai pas retrouvé dans les mémoires de l'avocat Falconet pour ses cHents le nom de la femme que Morangiès retenait à Bruxelles et à laquelle Diderot fait allusion.

Si Votre Majesté Impériale se proposait d'introduire dans son empire cette grande nasse, il ne serait peutêtre pas impossible de la lui faire bien connaître ^

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