‹ Diderot et Catherine IIChapitre 7 sur 185 · NOUVELLE LETTRE DE BETZRI · texte numérisé non relu

NOUVELLE LETTRE DE BETZRI

Ses vrais amis, les seuls fidèles.

Les seuls que l'on retrouve, hélas !

Au sein des disgrâces cruelles.

Les seuls qui ne soient point ingrats.

En réalité l'exécution des volontés de l'impératrice rencontra quelques obstacles : Diderot a conté dans une lettre à mademoiselle Volland quelle peine il eut à toucher de M. Colin de Saint-Marc, receveur général et correspondant de toutes les provinces à l'hôtel des Fermes, les vingt mille livresque lui annonçait la lettre de Betzki, et, l'année suivante, la pension ne fut pas payée du tout; il est vrai que Catherine répara magnifiquement cette erreur, peut-être volontaire, en faisant expédier par Betzki, le 3o octobre 1766, une lettre de change de vingt-cinq mille livres, accompagnée du post-scriptura suivant :

« Sa Majesté Impériale ayant été informée, par une lettre que j'ai reçue du prince Galitzin, que M. Diderot n'était pas payé de sa pension depuis le mois de mars dernier, m'a ordonné de lui dire qu'elle ne voulait pas que les négligences d'un commis pussent causer quelque dérangement à sa bibliotlièque ; que, pour cette raison, elle voulait qu'il fût remis à M. Diderot pour cinquante années d'avance ce qu'elle destinait à l'entretien et à l'augmentation de ses livres et qu'après ce terme échu, elle prendrait des mesures

ultérieures. A cet effet, je vous envoie la lettre de change ci-jointe. »

Diderot remercia de ce nouveau bienfait, non l'impératrice elle-même, — on ne connaît à cette date aucun témoignage direct de sa gratitude, — mais le dispensateur de ses munificences, et, comme la prose ne lui suffisait plus en pareille occurrence, il détacha « de la muraille une vieille lyre dont la philosophie avait détendu les cordes ». Mais ces vers, intercalés dans une longue et déclamatoire épître à Betzki, et qu'il estimait « pas trop mauvais », sont détestables^ Par bonheur, il avait, quelques mois auparavant, donné à l'impératrice un gage plus durable et plus noble de sa reconnaissance.

I . Étaient-ils bien de lui ? Jean de Vaines, dans son Recueil de quelques articles tirés de différents ouvrages périodiques (an VII, in-4°), a donné cette pièce de vers avec de très légères variantes et cette note : « Diderot pria un de ses amis d'exprimer sa reconnaissance pour l'achat de sa bibliothèque, et celui-ci fit cette épître, qui fut envoyée à Catherine, en 1706 (sic). » L'ami en question est probablement de Vaines lui-même.

La lettre qui contient ces vers a été, par erreur, dans les éditions de 182 1 et de 1875, datée du 39 décembre 1767, et non, comme elle aurait dû l'être, du 29 décembre 176G. Elle répond évidemment à celle de Betzki du 3o octobre précédent, et l'auteur y fait allusion vers le même temps en écrivant à Falconet.

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