POLITIQUE INTÉRIEURE ET EXTÉRIEURE
Le 112/23 novembre lyyS, sir Robert Gunning, chargé d'affaires d'Angleterre en Russie, écrivait au comte de Suffolk : « Le comte Panin m'a dit, en grande confidence et sous le sceau du secret, que M. Diderot, qui a ses libres entrées auprès de l'impératrice, a été sollicité par ^L Durand de remettre à la souveraine un papier contenant des propositions de paix avec la Turquie, propositions que la cour de France s'engage à faire agréer si ses bons offices sont acceptés. M. Diderot s'est vivement défendu de sortir ainsi de sa sphère, et de s'exposer à se faire enfermer à la Bastille lors de son retour, et il s'est absolument refusé à accéder au désir du ministre français '. »
I. Recueil de la Société historique russe, tome XIX, p. 383 et
Ces informations étaient sans doute prématurées, car sir R. Gunning écrivait peu après (22 novembre/ 3 décembre) : « Malgré la façon dont, selon M. Panin, l'impératrice aurait accueilli le papier remis au nom du ministre françai s par M . Diderot , celui-ci est actuellemen t à Tsarkœ-Selo ; preuve qu'il a pu apaiser sa colère. »
Diderot diplomate ! M. Alfred Rambaud s'est demandé si l'on avait pu sérieusement confier à ce rêveur autre chose que quelques paroles d'encouragement et d'amitié. Il n'avait pas eu égard, il est vrai, aux deux passages que je viens de citer, mais il n'a point omis, en revanche, cet extrait d'une dépêche du duc d'Aiguillon à M. Durand : « L'exhortation que vous avez faite à M. Diderot est très bien placée. Je ne sais si l'on peut assez compter sur ses sentiments pour croire qu'il se conduira d'après les principes que vous lui avez rappelés. Son admiration continuelle pour l'impératrice est une disposition bien prochaine à l'adulation. Ces observations ne nous empêcheront pas de rendre à M. Diderot la justice qu'il aura méritée et je présume que vous nous mettrez en état d'apprécier sa conduite et sa véritable valeur *. » Quelle exhortation avait-on faite au philosophe? Si contradictoires qu'ils soient, les deux extraits du diplomate anglais sont , bien à l'insu de leur
1. Versailles, 2 décembre 1773. Dépêches citées dans les appendices de la Correspondance de Catherine II et de Falconet. (Recueil de la Société historique russe, tome XVII, p. 289.)