MA RÊVERIE, ETC
présente. Ils sentent bien qu'il est d'une Ame grande, ficre, haute, telle que la vôtre, et peut-être d'une très saine politique, de vouloir la finir de vive force, parce que ce succès établit la terreur de ses armes chez l'Ottoman et le respect de son nom, de sa nation, de son génie, de sa fermeté chez tous ks peuples de l'Europe. Mais les précieuses années de Sa Majesté s'écoulent, et il lui est impossible de suivre ses grandes vues pour le bonheur de son pays. C'est à Sa Majesté, et à Sa Majesté seule, à balancer l'avantage avec le désavantage qui est immense à mes yeux et aux yeux des amateurs tranquilles de la paix. Mais l'œil du philosophe et l'œil du souverain voient bien diversement.
Madame, une victoire vaut beaucoup si elle vaut une de vos années.
Lorsque votre paix avec le Turc se fera, la France n'en sera ni réjouie ni fâchée, mais le loup prussien en rugira.
Dans son manifeste sur la Pologne, il fait valoir un motif qui menace Riga. Quand un souverain envahit per far corpo, qui sait l'ampleur qu'il a prescrite à son corps ?
Madame, notre monarchie est bien caduque. Les dernières années d'un long règne d'un grand roi ont souvent gâté les premières ; jamais les dernières années d'un long règne d'un roi ordinaire, pour ne rien dire de pis, n'ont réparé les désastres des années précédentes. Aussi nous avons peut-être encore du chemin
à faire vers la décadence. Mais qui sait notre sort sous le règne suivant? Moi, personnellement, j'en pense mal. Puissé-je me tromper ! Puisse-t-il ne pas toujours chasser sans voir goutte ^ !
Je m'arrête ici pour représenter à Votre Majesté Impériale que je n'écris pas comme un enfant à qui l'on a fait la leçon. Ce rôle ne me va pas. Je sens très bien que ce papier me perdrait, moi et toute ma postérité. Mais je sais encore mieux à qui j'ai l'honneur de parler, et quel est le vrai sanctuaire sacré où je dépose mes pensées. Elles sont plus sûres là qu'au fond de mon cœur, au fond de ce cœur où n'habita jamais le mensonge et d'où la vérité est toujours prête à s'échapper.
Je crois qu'on aurait aussi des vues de commerce, et c'est un avantage réciproque. Ainsi j'y donne.
Je crois qu'ils se prêteraient à vous envoyer tous les sujets en tout genre qu'il plairait à Votre Majesté Impériale de demander. Peut-être même le Gribeauval ^. J'ignore ce dernier point.
Je crois que, quelles que fussent les vues de Votre Majesté Impériale sur l'entière civilisation de son
1 . Le Dauphin, qui allait quelques mois plus tard monter sur le trône. Sa myopie ne l'empêchait pas de préférer la chasse à tout autre délassement. On sait qu'il tenait im compte rigoureux des pièces ahattues par lui et que ce journal « interrompu par les événements » des 5 et 6 octobre existe aux Archives nationales.