Voyez ci-dessus, page j
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empire et l'extrême police de ses sujets. Us les seconderaient.
Ce point, qui sera toujours de quelque importance dans la balance de Votre Majesté Impériale, me paraît constaté par la facilité avec laquelle ils ont accordé des passeports à tous ceux qui en ont demandé.
Voilà, en général, ce que notre homme public ici voudrait bien persuader à Votre Majesté Impériale, et je présume qu'il a, avec juste raison, regardé ma bouche comme moins suspecte que la sienne. On a défini l'ambassadeur ou le ministre un homme rusé, instruit et faux, envoyé aux nations étrangères pour mentir en faveur de la chose publique, et il est ministre. Cette définition du ministre n'est pas tout à fait celle du philosophe.
Au reste, quant à M. Durand , voici ma pensée. Je le trouve un peu persifleur, mais avec cette juste mesure qui marque un esprit sain, une âme honnête €t qui ne blesse pas. Il a dans son pays, où l'on échappe diflBcilement à la censure, la réputation générale d'un honnête homme. Cette réputation, qui s'est soutenue dans toutes les cours de l'Europe où il a passé, je ne pense pas qu'il ait voulu la perdre ici. Il désirerait ardemment qu'il s'établît une sorte d'équilibre entre les quatre grandes masses qui balancent le sort de l'Europe, et il est persuadé que cela ne se fera jamais sans l'intervention de Votre Majesté Impériale. Ce sont ses propres expressions.
Il sera toujours l'organe de notre ministère, mais tout en faisant son devoir, je crois que son ame souffrirait beaucoup si on l'engageait dans des avances qu'il suspectât. Et puis, quelle que soit l'opinion que puisse avoir Votre Majesté de ma rêverie, j'espère qu'elle reconnaîtra dans mon procédé un homme incapable de ces petites menées qui ne vont qu'aux petites têtes. Je ne veux que des choses honnêtes, et je veux mettre dans la manière de les dire la simplicité et la droiture de mon caractère.
Il faut que je sois, moi aussi, attentif à me souvenir que je suis un homme de lettres, que Votre Majesté Impériale l'est à oublier qu'elle est souveraine et à se rappeler qu'elle est homme.
Ils croient vous connaître, mes bons compatriotes ! Quelque haute idée qu'ils aient de vous, ils ne vous connaissent pas. C'est moi qui leur apprendrai le reste. C'est moi qui leur dirai de ces mots de caractère qui vous peignent mieux que tous leurs éloges. C'est moi qui leur dirai que vous réunissez l'âme d'une Romaine et les séductions de Gléopâtre ; la force avec la douceur, le mépris du péril et de la vie, la pénétration qui, à tout moment, me gagnait de vitesse, avec un jugement sain ; la dignité avec l'affabilité, cette bonté de Benoît XIV, lorsqu'il déposait sa tiare et qu'il disait : Ecco il papa, avec cette différence que, quand il vous plaisait de la reprendre, ce n'était jamais qu'en concurrence avec un autre souverain ; la
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chaleur de l'àme, même son impétuosité, avec la patience et la modération ; l'amour du bien avec cette constance qui ne se décourage pas et qui sait attendre le moment du succès ; les grandes vues, avec cette modestie singulière qui en abandonne le mérite aux autres et qui ne se réserve que celui de l'approbation ; et lorsque je finirai ils ajouteront : « C'est donc une femme d'un grand génie? — Grand génie assurément, répliquerai-je, et, avec ce rare génie, elle a le tact le plus délicat des choses et des personnes, mais ce qui nous surprendra, c'est qu'elle n'en croit rien, c'est qu'elle souffre avec peine qu'on le lui dise, c'est qu'il faut qu'on le lui prouve ; encore dispute-t-elle vos preuves comme on . les dispute dans nos cercles lorsqu'il s'agit d'un particulier dont on serait jaloux, et cette dispute-là n'est pas un moyen adroit de prolonger son éloge ; c'est de bonne foi, comme celui qui s'ignore lui-même. »
Ah I mes amis ! supposez cette femme sur le trône de la France ! Quel empire ! Quel terrible empire elle en ferait, et en combien peu de temps ! Et vous, quels hommes vous seriez, car je vous déclare que vous ignorez tous ce que la nature vous a donné. Vous êtes des ressorts que le poids d'une mauvaise administration a tenus courbés, et cela depuis que vous êtes nés, et qu'elle tiendra courbés tant que vous durerez. Venez seulement passer un mois à Pétersbourg. Venez vous soulager d'une longue contrainte qui vous
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a dégradés ; c'est alors que vous sentirez quels hommes vous êtes !
Puissé-je, à mon retour, laisser à Riga l'âme que j'ai trouvée à côté de son palais, et reprendre celle qui convient à votre séjour ! C'est le plus grand bonheur qui puisse m'arriver, pour moi, pour mes enfants, pour tous mes amis. Je ne me suis jamais connu plus libre que depuis que j'habite îa contrée que vous appelez des esclaves, jamais plus esclave que quand j'ai habité la contrée que vous appelez des hommes libres. Avez-vous jamais entendu dire à une souveraine à une foule d'enfants ; Venez, mes petits enfants, etc» * ? Mais je me réserve ce spectacle touchant pour le moment oii je vous reverrai.
Et combien d'autres choses, que l'homme flegmatique^ que j'aurai à côté de moi attestera comme moi I
Et puis j'avoue que je serais transporté de joie de \oir ma nation unie avec la Russie, beaucoup de Russes à Paris et beaucoup de Français à Pétersbourg. Aucune nation en Europe qui se francise plus rapidement que la Russie, et pour la langue et pour les usages.
I. Allusion à l'appel que Catherine avait fait à tous les peuples et ù toutes les confessions de l'empire russe, lorsqu'elle a>'ait promulgué sa fameuse instruction pour le code des lois. Diderot invitait alors Falconet à immortaliser l'attitude de leur bienfaitrice par un bas-relief symbolique : c'est l'idée que le peintre Monnet a reprise dans un dessin gravé en 1777 par ChofTard, et représentant l'impératrice entourée de ses sujets,