HISTOIRE GENERALE DU DESPOTISME. LE POS- TILLON DE HAMM A LIPPSTADT
- Nous allions de Hamm à Lippstadt. jN'ous avions à choisir, ou d'une grande route fort spacieuse, mais très gâtée, ou d'une contre-allée fort unie, mais fort étroite. Nous prîmes la contre-allée.
D'autres voyageurs à qui nous allions ou qui venaient à nous s'étaient engagés dans la même contreallée, qui était bordée de droite et de gauche par un fossé et qui ne laissait pas le passage à deux voitures. Nous crions au postillon :
— Postillon, sonne donc du oor, sonne donc pour arrêter ces gens-là et les avertir de nous faire place et de gagner la grande route comme ils pourront !
— Moi, nix sonner du cor...
I. Hamm, ville située dans l'ancien royaume de Westphalie et anciennement ville libre et hanséatique. Lippstadt, ville de l'ancienne principauté de Lippe-Detmold, à 80 kil. Sud-Ouest de Minden.
LE GÉNIE DE LV FnWCE A PIERRE l®*". a63
Us vont, nous allons; nos chevaux se trouvent nez à nez, on jette à bas dans le fossé la plus légère des deux voitures, — c'était la leur, — et nous passons. Je demande au postillon :
— Mais, dis-moi donc, mon ami, pourquoi tu n'as pas voulu sonner du cor ?
n me répond en mauvais français-allemand :
— Pourquoi ? Est-ce que vous n'avez pas reconnu à l'uniforme les officiers du roi ? Diable, ils auraient bien pu me revaloir cela tôt ou tard,
D'oii je conclus qu'un État sous le despotisme n'était qu'une longue suite d'esclaves dont aucun n'osait sonner du cor devant son supérieur, depuis le dernier des valets jusqu'au premier vizir, dont le <:or se taisait devant le sultan, et que les cors ne sonnaient jamais qu'en descendant. Il peut arriver que le premier cor sonne juste ; mais les autres?... Ce n'est pas en Russie, c'est en Prusse que le postillon m'a •donné cette leçon.
DISCOURS DU GÉNIE DE LA FRANCE A PIERRE l"', SUR LA FRONTIÈRE*.
C'était une grande figure fantastique, simple, noble «t triste, qui lui dit :