I. Voyez page 177 ci-dessus
364 DIDEUOT ET CATIIKUINE II.
— Tu as vu mon peuple. Tu t'en retournes la tête pleine de ses édifices, de ses arts, de sa population, de ses sciences, de sa politesse, de sa noblesse, de ses grands, de ses savants, de ses manufacturiers.
Mais as-tu demandé en quel état étaient ses finances ?
T'es-tu instruit du chaos de ses lois ?
Es-tu entré dans la chaumière de ses paysans ?
Connais-tu ses tribunaux de judicature ?
Sais-tu quels sont ses préjugés ?
Sais-tu qu'il y a trois sortes de prisons ?
Sais-tu qu'il y a autant de codes que de villes et de villages ?
Sais-tu qu'à chaque lune on change de poids et de mesure ?
Et la nature, la quotité de l'impôt, sa répartition, sa perception, en as-tu entendu parler?
As-tu demandé ce que c'est qu'un fermier général ?
T'a-t-on montré les deux cents volumes in-folio sur l'administration seule de la finance ?
Quelque homme honnête t'aurait-il expliqué comment se sont formés et continuent de se former ces immenses recueils d'ordonnances ?
Et son clergé, que t'en a-t-on appris ?
Et ses moines, et la multitude de ses célibataires, et le caractère de son luxe, et ses mœurs générales et domestiques ?
Et les diverses conditions de cette société ?
MOYEN DE MANQUER f N E GHACE. 265
Et le regorgement de lor dans les unes, et l'indigence dans les autres ?
Et ses écoles publiques ?
Et l'éducation de ses enfants ?
Et ses vices ? et ses vertus ? et son honnêteté ? et sa corruption ?
Et ses magistrats ?
Et son monarque ?
Et ses ministres ?
Et l'administration de la justice ?
Et l'influence de sa religion surtout ?
Et ses factions ?
Et ses dissensions publiques ?
Et son ressort intérieur ?
Ah ! grand homme, tu as fait bien du chemin pour voir bien du mal, sans remède, et un peu de bien dont je crains que la durée ne soit que passagère.
§VI
SUR UN MOYEN INFAILLIBLE DE MANQUER UNE GRACE DANS NOS CONTRÉES ; UNE GRACE ! MÊME UNE PLACE MÉRITÉE.
Ce moyen infaillible, c'est de l'obtenir du souverain.
Celui qui s'adresse au souverain est un maladroit, et la raison, c'est que la prétention secrète des ministres est que le souverain ne soit rien.
Et si le souverain s'avise une fois d'accorder ou des faveurs ou des récompenses, de faire des actions de justice sans notre participation, d'user de son autorité, sans notre agrément, qu'est-ce que nous devenons ?
Le roi lui a accordé cette place? Il est allé droit au roi? Oh! il ne l'aura pas, et, en effet, il arrive qu'il ne l'a pas.
On a obtenu une chose refusée par le roi et accordée par le ministre ; presque jamais une chose accordée par le roi, sans l'intervention du ministre.
Aussi je dirais au client : allez au ministre, allez au commis du ministre, allez à la maîtresse du commis et n'y allez jpas les mains vides, la maîtresse parlera au commis, le commis au ministre, et vous arriverez.
YII