‹ Diderot et Catherine IIChapitre 88 sur 185 · DEUXIÈME ADDITION SLR LES OPINIONS RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ADDITION SLR LES OPINIONS RELIGIEUSES

Le peuple forme ses opinions religieuses d'après l'idée qu'il a de la divinité, et les livres sacrés modifient singulièrement cette idée. Vague en elle-même, elle le devient bien davantage par cette lecture. La meilleure tête s'embarrasse et s'égare.

Quel est aussi le caractère d'un li\Te sacré? C'est d'y montrer l'homme comme le néant en présence de Dieu ; comme un atome sous la main qui en dispose à son gré.

Quelle est la morale d'un livre sacré .^ Il n'y en a point : il ne doit point y en avoir. Il faut qu'on y voie l'Être suprême maître du juste et de l'injuste.

Que s'ensuit-il ? Que ce livre doit être rempli d'actions atroces justifiées par Tordre de Dieu, d'actions innocentes punies, purement pour avoir été faites contre sa volonté.

Ce doit être un tissu incohérent de principes honnêtes et déshonnêtes.

3l2 DIDEUOT ET CATIIE1UM-: II.

Il n'y a rien dont un livre sacré ne puisse fournir la preuve, par des maximes ou par des exemples.

C'est l'ouvrage de la sagesse et de la folie, de la vérité et du mensonge, du vice et de la vertu, l'instrument avec lequel on tue indistinctement le bon et le mauvais roi, on épargne ou on massacre une nation.

Je ne sais si je composerais un livre sacré, mais j'en donnerais bien la poétique, dont une des premières règles serait d'être obscur et sublime, sage et insensé, inspirant ici la confiance, ailleurs l'effroi ; plein de contradictions. Un ouvrage suivi, dicte par la vertu et par la raison, sans enthousiasme, est l'ouvrage d'un homme et non celui d'un dieu.

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