DE L I:DL CATION P ART I C L LI E UK
À Sa Majesté Impériale.
Sa Majesté Impériale fait élever de jeunes filles et de jeunes garçons^. Il est certain que, si ces établissements subsistent, avant qu'il se soit écoulé vingt ans. (la face de l'empire sera changée.) La Russie aura des ^ =^ pères et des mères instruits. Ces pères et mères don-/^
I. La Table que Diderot, avait rédigée pour son manuscrit donne à ce fragment un litre beaucoup plus explicite et mieux approprié : De l'éducation particulière ; défaut de hase à celte éduciition dans toute l'Europe ; concours aux places, remède à ce défaut .
3. Le couvent des Demoiselles nobles avait été fondé en 17OA j)ar Catherine et installé dans le couvent de la llésurrection, bâti par l'impératrice Elisabeth sur les bords de la Aéva. Sur ce prototype des « instituts » de jeunes lilles, aujourd'hui si nombreux en Russie, on peut lire un intéressant article de M. Alfred Rambaud dans la Revue des Deux Mondes du i5 mars 1873.
33o DIDEROT ET CATHERINE II.
neront à leurs enfants la même instruction qu'ils K^ auront reçue. L'esprit de la bonne éducation, soutenu par les émigrations continuelles de ces deux séminaires, se perpétuera d'âge en âge, et se répandra dans tous les états. Toute la nation, en s'éclairant, se civilisera, et la capitale présentera le même spectacle que Londres ou Paris ; peut-être même avec des avantages propres à l'institution primitive et nationale.
Supposons ce prodige opéré, que s'ensuivra-t-il ? Dans l'Empire russe, le même effet que parmi nous. On nous élève, on nous élève assez bien ; nous ne manquons ni d'instituteurs ni d'institutrices. Mais à quoi nous sert cette éducation ? quelle importance pouvons-nous y mettre? à quoi nous mène-t-elle? à être plus ou moins agréables en société; à obtenir la préférence sur un rival auprès d'une femme; à être des petits soupers d'un grand seigneur ; à plaire ; à être accueilli par des visiteurs tourmentés d'un profond ennui, et que nous amusons ; à obtenir une sorte de considération d'un peuple qui manquera bientôt de pain et à qui il ne restera que le cirque; à boire des vins délicieux ; à faire des voyages de campagne charmants; à être payés à la longue de la fatigue et même de la bassesse d'une cour assidue de dix ans, par une place que l'on ravit au mérite. Voilà notre unique récompense, et nous en profitons.
Mais cette frivole récompense dont il n'y a qu'une âme aussi frivole qui puisse se contenter, est-elle
DE L ÉDUCATION PARTICULIÈRE. 33l
bien propre à porler le talent jusqu'où il devrait atteindre ? J'en appelle à Votre Majesté : est-il indififéront pour elle d'avoir pour objet de ses travaux ou le bonheur de tout un empire, ou ramusement d'un petit cercle? Il me semble que notre âme s'élève, s'étend, s'agrandit, et que ses efforts se proportionnent à la hauteur de la fin qu'elle se propose.
D'ailleurs, tandis que l'on promène de maison en maison, ou ses lumières acquises, ou les grâces de son esprit et de sa personne, ou les productions de son génie ; tandis que l'on se traîne aux pieds d'un grand seigneur, ou aux genoux d'une joUe femme; tandis qu'on excite l'admiration et qu'on recueille les applaudissements d'un certain nombre de merveilleuses et de merveilleux, soi-disant connaisseurs, s'occupe-t-on à se perfectionner ?
Nous avons eu quelques grands hommes ; ces grands hommes se sont presque tous séquestrés ; ils ont beaucoup vécu avec eux-mêmes. J'oserai pourtant assurer qu'aucun d'eux, ni Corneille, ni Racine, ni Molière, ni Boileau, ni La Fontaine, ni Montesquieu, ni d'Alembert, ni Helvétius, ni Rousseau, quoique entraînés à leurs métiers, par une espèce de fureur naturelle, n'ont pas été ce qu'ils seraient devenus, s'ils avaient pu se promettre de leurs études continues une autre récompense que celle qu'ils en attendaient.
Ce que je dis de l'état de philosophe, de poète, de littérateur, il faut l'entendre de toutes les fonctions
3a DIDEROT ET CATHERINE II
diverses de la société; et même à proportion de ce qu'elles sont moins susceptibles d'enthousiasme.
C'est que partout, excepté dans Athènes et dans Rome, l'éducation particulière a manqué de base nationale.
Dans Athènes et dans Rome, tout homme né avec du génie et du talent pouvait se^groposer d'arriver et arrivait aux places importantes de l'État. Gicéron fut Y' \ consul; et ses détracteurs disaient de lui que c'était un \ homme d'hier. Démosthcne, d'une famille obscure, Y fut ambassadeur et chef de la république par le mérite. ^ On passait de la condition d'esclave à celle d'affranchi et de la condition d'affranchi aux premières dignités. Le seul ridicule qu'on encourait, c'était d'oublier son premier état. Quel était l'objet de la lutte entre les citoyens.^ L'cdilité, la préture, la préfecture et le consulat; et non ce petit bruit de coterie et de quartier, ces petites distinctions domestiques qui font l'unique but de notre mesquine ambition, et qui excitent dans nos âmes cette misérable et pauvre ivresse qu'avec un peu de philosophie, que l'Age amène toujours, nous finissons par prendre en pitié, et qui nous ramène à l'oisiveté longtemps avant l'extinction de nos forces. On se lasse d'allumer de grandes jalousies pour les petites choses.
Je ne connais qu'un seul moyen de sauver un peuple de lafrivohté et de la médiocrité ; etje voici.
Je désirerais que toutes les places, même les plus
Dn l'éducation PAnTiccLiÈnE. 333
importantes d'un empire, fussent abandonnées au concours; je n'en excepte pas celle de grand chancelier.
Que celui d'entre vos sujets qui se sentira cette étendue de tête qui embrasse le plan de la législation d'un empire et qui en saisit l'ensemble et l'esprit, puisse s'enfermer pendant dix ans dans un grenier, entre un morceau de pain dur et une cruche d'eau, il se dira à lui-même : « Que te proposes-tu? d'être grand chancelier ? pourquoi non ? »
Avec cette volonté ferme qui élève l'âme de Votre Majesté au-dessus de tous les obstacles, je crois qu'elle pourrait se promettre de voir ce moment : « Il y a peut-être du danger?» Eh! qu'est-ce que cela lui fait?
Mais un concours suppose des juges.
Ces juges, Votre Majesté les a sous ses mains. C'est sa commission rendue permanente; que maudits soient à jamais ces Turcs et ceux rpii vous ont suscité cette guerre !
Qu'à la vacance d'une place quelconque, les prétendants se fassent inscrire ; qu'ils se montrent devant la commission ; que la lutte s'établisse entre eux ; qu'elle dure plusieurs jours de suite, et qu'il soit permis à tous vos sujets d'assister à cette importante contestation.
Que, préalablement, tous les membres de la commission fassent un serment solennel de prononcer selon leur conscience. •
Que la dispute finie, le victorieux soit proclamé par le président, présenté à Votre Majesté, décoré de ses mains des marques honorifiques de sa dignité, et installé dans ses fonctions.
Qu'elle honore le concours de sa présence ; mais qu'elle n'y donne pas sa voix. Son suffrage entraînerait celui du courtisan, animal qui se fourre partout.
Je demande sa présence, parce qu'elle donnera à l'élection une grande solennité.
Et surtout que la formule du serment des commissaires soit très sacrée, très auguste, très solennelle, très effrayante ; que Dieu y soit pris à témoin ; et que les noms d'homme injuste et de traître à la nation n'y soient pas omis. Rien n'est plus rare que le faux serment. On n'ose solliciter personne de se parjurer.
Si j'entretiens Sa Majesté d'une chimère, c'est au moins d'une belle chimère. Cependant ce qui s'est fait en un lieu de la terre peut, avec le temps, se faire partout; ce qui s'est fait en un point peut se faire en un autre point.
Ce concours a lieu dans mon pays, et de tous les corps le mieux composé, c'est celui qui s'est formé et qui se perpétue par cet usage. Je parle de notre Faculté de droit.
Au moment de la mort d'un professeur, il se présente deux, trois, quatre, cinq concurrents à la place vacante ; presque jamais davantage. Les médiocres s'éloignent d'eux-mêmes. -La dispute s'engage à feu et
DE l'éddcation particulière. 335
à sang ; nulle sorte de ménagement, même entre les amis. Ces rivaux se sont préparés à cette lutte dix, douze, quinze ans de suite. Cependant de quoi s'agitil? d'un honoraire de trois à quatre mille francs. C'est le corps même de la Faculté qui juge. Assiste qui veut à cette dispute. Les matières à traiter par les concurrents se tirent au scrutin, et communément ce sont les plus profondes et les plus épineuses de la jurisprudence romaine, française et coutumière. Chacun dispute trois fois. La séance commence à huit heures du matin et ne finit qu'à six heures du soir, et dans celte dispute chaque contendant jiarcourt la plus grande partie du droit entier.
La place n'est pas toujours accordée au plus digne. Lorsque l'inégalité de mérite est légère, quelquefois il arrive que l'esprit de parti, la convenance du caractère et des mœurs et d'autres motifs injustes font pencher la balance; mais c'est toujours en faveur d'un homme de mérite.
Dans ce cas même, on obUge le préféré à faire une pension à son concurrent. On console le malheureux par l'assurance de la première place vacante ; il est inouï qu'on ait commis deux injustices de suite ; un peu plus tard, le mérite supérieur a sa récompense.
La cabale s'en mêle aussi : il y a dans tous les pays un noir de fumée dont on barbouille ses ennemis. Le plus fort des contendants est connu et désigné à la place longtemps avant la dispute. Les grands.
protecteurs de l'ignorant et du faible insinuent au Roi qu'à la vérité ce sujet est un très habile homme, mais que c'est bien dommage qu'il n'ait pas trop de mœurs et qu'il soit janséniste, déiste et athée. Alors il survient une lettre de cachet qui l'exclut de la lice ; ce cas est rare. C'est ainsi qu'on en use, lorsqpie le protégé est robuste, et qu'il n'est question que d'éloigner un concurrent plus fort.
Mais si le protégé est un pauvre sujet, à qui l'exclusion d'un seul ne serait d'aucune utilité, on empêche le concours, et l'on installe le protégé par lettre de cachet. Ce cas est encore plus rare que le premier, parce que les juges privés de leur privilège accablent de mépris l'intrus et lui suscitent toutes sortes de désagréments. Le public ne manque jamais de partager leur indignation, et cet intrus fait un pauvre et triste rôle dans sa Faculté.
Malheureusement les lumières ne supposent pas toujours la probité : un homme très instruit peut être un très méchant homme ; il importe donc qu'avant tout un concurrent fasse preuve de vie et mœurs. Si l'on en use ainsi à l'Académie française, société purement littéraire, cette règle est d'une tout autre importance lorsqu'il s'agit d'admettre un homme à des fonctions publiques. D'où naît un encouragement général à la vertu. Chacun se dit : « Il n'est pas seulement question d'être un habile homme, il faut encore être un honnête homme. »
V\N JLwOsbL
\ A ^"^rC^
DE l'éducation PAUTIGLLIÈRE. 337
Mais cet exemple des avantages du concours, propres à un ordre de citoyens de ma nation, n'est pas le seul qu'on puisse citer ù Votre Majesté.
M. l'ambassadeur d'Espagne à la cour de Dresde* nous a dit, à M. de Narischkine et à moi, que si le haut clergé était en Espagne le corps ecclésiastique de l'Europe le plus vénérable par ses mœurs, et le plus distingué par ses lumières, c'est qu'on était sûr de s'élever aux premières dignités par ces deux qualités, et que le bas clergé n'était ignorant et vicieux que par la raison contraire.
J'ajouterai à Votre Majesté que si, dans mon pays, le haut clergé est très méprisable et très méprisé, et le bas clergé très instruit et très honoré, c'est que la naissance et la protection font les évoques et que l'instruction et les bonnes mœurs font les curés.
Le cardinal de Richelieu recommande à Louis XIII d'éloigner des grandes places les hommes d'une condition médiocre - ; maxime détestable : c'est condamner
1. En 1773, l'ambassadeur d'Espagne à la cour de Dresde était don Joseph Onis.
2. Ceci est une réminiscence de ce passage de V Esprit des lois (livre III, ch. v) : « Que si, dans le peuple, il se trouve quelque malheureux honnête homme, le cardinal de Richelieu, dans son Testament politique, insinue que le monarque doit se garder de s'en servir. » Mais Montesquieu avait résumé et non cité le texte même du Testament politique dont voici la teneur : « Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au magistrat, et il est certain que la Aertu d'une personne de bon Ueu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de basse extraction. Les esprits de telles gens sont d'ordinaire difficiles à manier et beaucoup ont une austérité si épi-
à l'inutilité la plus grande partie des hommes de mérite et de génie.
Il ne me reste qu'à exposer à Votre Majesté les suites de l'institution du concours.
Il n'y a qu'un palais dans un royaume ; autour de ce palais, il y cent mille maisons. Le génie tombe du ciel, et pour une fois qu'il a rencontré la porte du palais, cent mille fois il est tombé à côté.
Un des inconvénients de toutes les sociétés policées, c'est que le génie est ou étoufie ou égaré ; tel meurt ignoré, qui était né pour être illustre. L'espoir de devenir quelque chose, en faisant sortir les hommes à talent, remédie plus ou moins à cet inconvénient. On ne fait rien où l'on n'a point d'objet ; rien de grand, où l'on n'a qu'un petit objet.
Il applique les hommes et les applique fortement, il assure une récompense publique à la vertu et aux lumières, et c'est la seule qu'on puisse leur assurer.
neuse qu'elle n'est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable. » (Ire partie, ch. iv, section i, éd. de 1764)
Dans une lettre à Linguet sur sa Théorie des lois civiles qui est, avant tout, on le sait, une réfutation de V Esprit des lois. Voltaire (éd. Moland, tome XLV, p. 162) prend exemple de cette citation pour accuser Montesquieu de travestir la pensée dont il entendait s'autoriser, et en profite pour revenir sur la vieille querelle suscitée par la question d'authenticité du fameux Testament. La critique moderne s'est prononcée en faveur des arguments de Foncemagne contre ceux de Voltaire, et M. G. Hanotaux, par la publication des Maximes d'État qu'il a retrouvées à la Bibliothèque Nationale, et insérées, en 1880, au tome III des Mélanges faisant partie des Documents inédits sur Vhistoire de France, a démontré qu'un grand nombre de ces fragments avait pris place dans le Testament si longtemps argué de faux.
DE l'éducation PAUTICCtlÈBE. SSo-
Il donne une base générale à l'éducation particulière. Un homme de basse extraction, mais d'un mérite transcendant, vient de remporter une place tombée au concours ; que dit un père à son fils ?
— Mon fils, savez-vous qui est premier président?
— Non, mon papa.
— C'est un tel.
— Quoi ! le fils de cette marchande de modes qui vient ici à la toilette de maman avec sa corbeille ?
— Lui-même !... Ce qu'il est devenu, vous le deviendrez, si vous vous appliquez. Si vous ne vous appliquez pas, vous ne serez rien...
Que Votre Majesté imagine l'impression de ce discours sur l'enfant, et dans la nation, la sensation générale d'un pareil événement.
C'est le moyen le plus sûr de civiliser une nation et de lui conserver du nerf, parce qu'il ne laisse entre les hommes que la seule inégalité naturelle ; la seule distinction réelle, celle de l'ineptie et du talent ; du travail et de la paresse ; du vice et de la vertu.
C'est un moyen très secret de l'affranchir ; ce n'est pas le corps, c'est l'âme qui est serve. Cette certitude publique d'arriver par le mérite à quelque chose de grand donne aux âmes une certaine assurance intérieure que Votre Majesté sentira beaucoup mieux que je ne saurais lui dire. Quand vous marchez, interrogez-vous et vous sentirez que vous vous dites confusément à vous-même : Oui, j'étais faite pour
34o . DIDEROT ET CATIIERIAE II.
régner. L'homme en qui il bat quelque chose audessous de la mamelle gauche, pose son pied ferme sur la terre; il marche, lui, en se disant : Il me semble que je suis destiné, je ne sais à quoi ; mais le moment me l'apprendra, et ce moment vient. J'en atteste les Orloff. En présence du grand seigneur, il avance sans bassesse, parce que son cœur lui dit qu'il sera peutêtre un jour aussi grand que lui. Il cesse d'être bas et rampant. Cela ne s'opère pas en un jour, mais cela s'opère nécessairement avec le temps. Que Votre Majesté se rappelle le maintien de l'Anglais, du Français et de l'Asiatique qui a toujours le col baissé, comme s'il l'offrait au cimeterre; et elle reconnaîtra l'esprit des trois nations.
Ce concours ferme la porle aux injustices connues sous le nom de faveurs et de grâces. Votre Majesté conférera les honneurs et la richesse, et puis c'est tout. Le reste ne pourra être que la récompense de la vertu réunie au mérite.
Toutes les conditions se rapprocheront. La fille et le fils de Cicéron, de l'homme d'hierT^ntrercnt dans les premières^ faniîîtës""3ê Rome. Le siniple oràlëur Hortensius épousa Martia, femme de Caton, son ami, qui la lui céda, signa leur contrat~dé m3rîâgèr'«t-4a reprit après la mort d'Hortensius.
Les grandes fortunes se répartiront par les alliances ; car il est d'expérience que partout la richesse va chercher l'illustration qui lui manque, et réciproquement.
DK L I:duc. \TIO> l'AUTICULIÈnK. 34 1
Les prérogatives pures et simples de la naissance se réduiront à leur juslc valeur.
Une longue suite d'hommes honnêtes et instruits se succédera dans toutes les fonctions publiques de l'Empire.
Mais ce qui me semble d'une tout autre conséquence, c'est que tant que ce concours subsistera avec une certaine vigueur, il sera impossible que l'or devienne le premier mobile d'une nation. Un père dira à son fils : « Mon fils, ne voulez-vous être que riche? vous le -serez; vous aurez hôtel à la ville, maison délicieuse à la campagne, des chiens, des chevaux, des maîtresses, une table somptueuse, des vins de toute espèce, tous les agréments de la vie ; mais, avec toute ma fortune, je ne réussirais pas à vous faire huissier audiencier. »
Cette impossibilité de parvenir avec de l'or fixe chaque particulier dans l'état où il a fait sa fortune et qu'il entend bien.
Un peuple a des mœurs, un esprit qui lui est propre, il sait ce que c'est que le véritable honneur.
Mais quelle source d'émulation pour vos écoles particulières, pour les enfants dont Votre Majesté fait spécialement l'éducation, quelle honte pour eux, si plusieurs places auxquelles ils pouvaient prétendre, leur étaient enlevées par l'enfant d'un particulier obscur et ignoré !
Mais il n'y a que des actions et des exemples qui
puissent donner la sanction h cette loi. Je m'explique.
Cette loi du concours proposée à la commission, acceptée, et faisant partie du code, je me préparerais de loin à donner des exemples éclatants de son exécution.
Votre Majesté a envoyé à Leyde, à Leipzig de jeunes Russes.
J'en ferais instruire de loin et sans affectation trois ou quatre, profondément, dans les matières propres à certaines fonctions civiles.
Au moment, peut-être très éloigné, de la vacance d'une place, je les appellerais au concours, et j'accorderais la place à celui qui s'en montrerait digne ; et il serait à souhaiter que ce fût un homme de rien.
Quand cette idée du concours ne pourrait se mettre à exécution dans sa totalité, ce serait toujours beaucoup qu'elle s'exécutât en partie.
Quand elle ne pourrait avoir lieu dans sa totalité, sur-le-champ, immédiatement après la publication du €ode, on pourrait fixer un terme de cinq ans, six, sept ans à sa pleine et entière exécution.
Quand ce ne serait qu'une belle rêverie. Votre Majesté sourira, et le rêveur, qui n'a d'autre prétention que de confier à Votre Majesté ses pensées honnêtes et folles, aura toute la récompense qu'il en espère.
Je ne me suis proposé que d'ajouter un chapitre de plus au bon abbé de Saint-Pierre qui faisait des enfants
SLR i/kCOLE des CADETS. 3^3
pour s'acquitter avec l'espèce humaine, devoir auquel il avait consacré le samedi. C'est un feuillet de la correspondance de mon ami Grimm, feuillet qui aurait grand besoin de ses apostilles.