‹ Diderot et Catherine IIChapitre 97 sur 185 · SLR L ÉCOLE DES CADETS · texte numérisé non relu

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les tiraillements de ces espèces de petits sauvages-là que les révérences cadencées, les pieds portés en avant ou retirés en arrière de tes insipides petits mannequins? Mets tes jolis précieux marmots dans des boîtes. Les nôtres ne sont pas faits pour cela. Tu recules à l'aspect de leurs cheveux ébouriffés et de leurs vêtements déchirés. C'est ainsi que j'étais quand j'étais jeune, et c'est ainsi que je plaisais, même aux femmes et aux filles de ma province. Elles m'aimaient mieux débraillé sans chapeau, quelquefois sans chaussure, en veste et pieds nus, moi, fils d'un forgeron, que ce petit monsieur bien vêtu, bien poudré, bien frisé, tiré à quatre épingles, le fils de madame la présidente du bailliage; parce que mes bonnes provinciales avaient de la raison, de la simplicité, et un goût naturel pour la santé, pour la liberté, pour des qualités vraiment estimables. Elles voyaient que deux polissons comme moi, lâchés sur une douzaine de petits présidents en miniature, les auraient mis en déroute. Elles voyaient à ma boutonnière la marque de mes progrès dans les études, et un enfant qui montrait son âme par un mot net et franc, et qui savait mieux donner un coup de poing que faire une révérence, leur plaisait plus qu'un sot, lâche, faux et efféminé petit flagorneur. Ce que tu cultives si soigneusement dans tes petits enfants, les nôtres l'apprendront en deux ans dans le monde, avec cette différence que leurs premières années auront été mieux employées, et qu'ils conserveront ' à jamais

l'empreinte de leur originalité propre. Tous vos petits enfants semblent avoir été fondus dans le même joli moule. Nous voulons que les nôtres, sortis divers des mains de la nature, restent divers. Tu prépares des modèles à Boucher, nous en préparons à Van Dyck. Tu élèves des courtisans, nous élevons, nous, des magistrats et des soldats. Fais comme tu voudras, mais ne dédaigne pas sottement ce que les autres font. Tu as ton but et ils en ont un autre, ou plutôt tu n'en as point et ils en ont un. Tu veux avoir des agréables, et ils veulent, eux, avoir des hommes.

— Mais quels progrès font-ils dans les sciences qu'on leur enseigne ?

— La question est plus solide que je ne m'y attendais. Aussi je te laisse pour adresser ma réponse à ceux qui semblent de leur éducation.

Il me semble que leurs progrès dans les connaissances sont lents .

Ceux du second âge, qui ont déjà passé trois années avec les gouvernantes, et qui sont depuis plus de six mois entre les mains des gouverneurs, ne connaissent pas encore bien leurs lettres.

La plupart de ceux du troisième âge lisent mal, quoiqu'il y ait près de sept ans qu'ils sont au corps.

Il s'en manque bien qu'ils parlent français comme les jeunes filles ; ils le parlent par usage, et cependant ils l'entendent peu. Lorsqu'ils ont lu une phrase avec bien de la peine, si on les interroge, on découvre qu'ils

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n'y ont rien compris, ce qui n'empêche pas de surcharger des têtes qui ne sont pas disposées à recevoir de leçons de géographie, d'histoire, d'annales de Russie, d'histoire des arts, de quelques parties de mathématique.

Lorsqu'on passe à l'étude des choses, il faut que celle des mots n'ait plus de difficulté ; avoir à apprendre en même temps la science et l'idiome, c'est une tâche même au-dessus d'un homme fait.

Que doit-il s'ensuivre de là ? Le dégoût. Et quels sont les propos du dégoût ? « Je ne me soucie pas de ces connaissances; à quoi voulez-vous que ça me serve? Est-ce qu'on veut faire de moi un savant? Je saurai bien faire ma cour à l'Impératrice et me battre à l'armée sans cela. »

Leur faire entendre qu'à la vérité on se bat bien, mais qu'on commande mal et qu'on n'est pas agréable à la souveraine, quand on ne profite pas de l'éducation qu'elle nous donne ; c'est une leçon passagère qui n'a qu'un effet passager. Où il y a un vice constant, il faut un remède constant. Quel est ce vice? quel est ce remède ?

Le vice, ce me semble, est le manque d'émulation. Excepté dans les moments des exercices du corps auxquels les enfants sont portés par un accroissement de force et d'énergie qui se développe en eux et qui cherche de l'emploi, ils doivent languir dans un état d'inertie qui tient à leur situation. Je m'explique et je supplie

Sa Majesté Impériale de rapjDorter mes idées à la profonde connaissance qu'elle a du cœur humain, afin d'en apprécier ou la faiblesse ou la solidité. Ces enfants passent quinze années au corps, toujours sous les mêmes yeux, sans aucun but fixe, car on n'en peut avoir à leur âge, sans espérances que très éloignées.

Nos désirs s'affaiblissent à proportion de la distance de nos espérances. Les cadets du troisième âge en sont à neuf ans ; c'est-à-dire autant de temps sans faire aucun usage de ce qu'ils auront acquis, sans en tirer aucun avantage, du moins pour l' amour-propre. Les années, si courtes pour les hommes, sont bien longues pour les enfants. Neuf années ou neuf siècles, c'est la même chose. Le but qui leur est offert dans le lointain n'est qu'un objet confus qu'ils ne démêlent qu'à travers un nuage. Eloignez une jouissance, et l'homme même se découragera ; reculez le terme, et vous produirez l'engourdissement. Dans nos contrées, lorsqu'un enfant a atteint l'âge de douze uns, il se regarde comme sur le seuil du collège, un pied dans la classe, un pied dans le monde; il y paraît quelquefois, il y est applaudi, il a goûté, il s'exagère le bonheur de la liberté, il raccourcit la durée de son esclavage par ses progrès, il travaille, il étudie, il craint comme la mort de doubler une classe. Mais ici, vos instituteurs ressemblent à des pêcheurs qui, sans appât réel, se proposeraient d'attirer Je poisson dans leur filet : ce n'est pas connaître l'homme, ni le poisson.

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Voulez-vous que l'homme, que l'enfaut se démène, créez-lui quelque passion, quelque espérance voisine, quelque crainte prochaine ; que, pendue au bout de son nez, il la voie et coure sans cesse.

Mais quelle espérance, quelle crainte, quelle passion inspirer à des jeunes gens?

Voici ce qui se fait chez nous : il y a des marques distinctives pour les diligents. Ces marques distinctives sont disputées tous les huit jours. Il y a des places d'honneur, il y a des places de honte. Tous les huit jours ces places changent d'élèves. Il y a deux fois l'année des exercices publics, et cela pour chaque classe, depuis les plus petits écoliers jusqu'aux plus grands, La matière de ces exercices est indiquée sur un programme imprimé. Ces programmes se distribuent dans toutes les maisons. Les académiciens, les hommes instruits, les parents, les amis, les connaissances, tous les citoyens sont invités à s'y rendre. Ils s'y rendent, tous les élèves répondants sont placés sur de hautes banquettes. Chacun est maître de les interroger sur la matière du programme; ils répondent; on les applaudit ou on les sifile. Ceux qui ne sont pas mis en état par leur travail de se montrer à ces exercices sont désignés à leurs parents et au public comme des paresseux, des ignorants; ils se cachent, et sont des mois sans oser se montrer.

Que Votre Majesté Impériale me permette les demandes suivantes :

Pourquoi la diligence entre ces enfants n'aurait-elle pas tous les huit jours les mêmes marques distinctives?

Pourquoi, dans cette vaste arène, autour de laquelle j'ai vu une partie de la capitale assise, un enfant qui aurait perdu sa marque distinctive de la semaine, ne serait-il pas obligé de s'en dépouiller lui-même, et d'en aller décorer son vainqueur ?

Pourquoi n'entreraient-ils pas dans cette arène, selon le rang de leur mérite, en sorte que le dernier en rang serait aussi le dernier en mérite et le premier en mérite le premier en rang ?

Pourquoi, ainsi que chez nous, les parents n'auraient-ils pas la facilité de connaître les progrès et l'aptitude de leurs enfants, par la place qu'ils occuperaient et de dire, comme nos pères disaient : il est le premier, il est le second, le cinquième, le dixième de la classe ?

Pourquoi n'auriez-vous pas des exercices publics, comme nous, trois ou quatre fois l'an ?

Pourquoi ces exercices ne seraient-ils pas indiqués par des programmes imprimés et distribués dans la capitale ?

Pourquoi tous les enfants ne paraîtraient-ils pas à ces exercices, même les ineptes? Quelle honte pour les muets !

Pourquoi sur ces programmes, à côté du nom de chaque enfant , n'indiquerait-on pas la chose sur laquelle on peut l'interroger et sur laquelle il répondra?

Pourquoi, ainsi que chez nous, un enfant seul ne

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ferait-il pas un exercice particulier, et ne tiendrait-il pas toute la séance f[ui commence ordinairement à trois heures et finit à cinq ?

Pourquoi les rangs obtenus par le mérite dans la classe ne seraient-ils pas gardés à la chapelle, à l'église, partout ?

Pourquoi Sa Majesté Impériale, en les visitant, dédaignerait-elle de remarquer ces rangs ? Ses éloges aux premiers de leurs classes seraient un assez \iï reproche aux derniers.

Ceux qui occuperaient un peu constamment les premières places pourraient-ils ne s'en pas estimer eux-mêmes, et n'en être pas estimés davantage par les autres ?

N'est-ce pas ainsi qu'on rapprocherait une société d'enfants de la société des hommes faits, où le désir de la considération et la crainte du mépris ont de si grands effets ?

Les dédaignés à la fin ne s'évertueraient-ils pas ?

S'il y en avait d'insensibles à une honte continue, ne pourrait-on pas les regarder comme des âmes basses ou des têtes stupides sur lesquelles les passions honnêtes ne pourront rien ?

Et croit-on que la même émulation ne gagnât pas les maîtres, et que chacun ne fût pas jaloux de montrer le plus souvent qu'il pourrait et le plus de ses élèves dans des exercices particuliers ?

On dirait : ce maître est excellent, sa classe s'est

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montrée très instruite, et il y a eu sous lui tant d'exercices particuliers dans l'année.

Suivant l'institution du corps, il doit y avoir chaque mois une assemblée ; on y danse, c'est fort bien fait. Pourquoi ne faire qu'y danser .►^ Pourquoi ne se pas servir de cette circonstance pour piquer les élèves d'un noble orgueil?

Monsieur le général, donnons de l'appareil à cette assemblée, qu'elle s'annonce par une musique de triomphe, que cette musique se fasse entendre, tandis que les élèves, partant les uns après les autres de leurs rangs, iront prendre le rang supérieur de mérite qu'ils ont mérité.

Qu'elle change de caractère et que ce soit une musique de douleur, lorsque les enfants se dépouilleront de leur marque distinctive pour aller l'attacher à la boutonnière de leurs vainqueurs.

Que les deux ou trois premiers de chacfue classe laissent entre eux et les suivants une distance de deux ou trois places.

Qu'ils dansent séparément d'abord, avant que de danser en corps ; qu'ils finissent par danser séparément.

Et qu'au sortir de l'arène, les autres marchent, mais qu'eux seuls dansent, au milieu de deux files.

Que si un enfant est coupable d'une faute grave, que s'il se montre insensible, mais absolument insensible à toute honte de châtiment particulier, pourquoi

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ne serait-il pas dépouillé publiquement de l'habit du corps, et revêtu publiquement de l'habit de moujik ?

Cette punition est ordonnée dans les règlements, je le sais, mais faite sans autres témoins que les camarades ; je suis sûr qu'ils y sont peu sensibles.

Les personnes les plus distinguées se rendraient certainement à ces assemblées. Pourquoi ne leur permettrait-on pas de passer dans l'arène, de complimenter et d'embrasser ceux qui auraient mérité les premiers rangs ?

Quelle solennité la présence des parents et des grands ne donnerait-elle pas à ses assemblées !

Il est permis aux enfants de venir folâtrer autour de ceux qui y assistent ; pourquoi ne restreindrait-on pas cette liberté aux illustres, les autres restant éloignés et honteux !

Les enfants ne peuvent rien recevoir de personne, et c'est bien fait ; mais pourquoi ne ferait-on pas une exception à cette règle en faveur des illustres dont on consulterait le goût et les désirs ?

Pourquoi aux grands exercices de deux ou trois fois l'an, n'y aurait-il pas, comme chez nous, des prix proposés, livres, épées, nœuds d'épées, etc. ?

Pourquoi ces prix déposés à un des bouts de l'arène, sur un autel, avec des couronnes, ne seraient-ils pas distribués aux vainqueurs par la main même ou de Sa Majesté Impériale ou de M. le général?

Ces moyens sont certainement très propres à ins-

pirer le goût de la gloire et de la science ; et je réponds sur ma tête des prompts effets qui en résulteront.

J'ai vu dans les règlements et avec satisfaction que toute peine corporelle était interdite, quoiqu'il y ait des caractères d'âne qu'on ne fait aller qu'au bâton ; mais pourquoi faire un lieu de supplice d'une maison d'éducation? N'y a-t-il pas dans tous les états des hommes qu'il faut abandonner au néant ?

On m'a dit qu'il y avait déjà de jeunes enfants qui connaissaient le vice. Gela est fâcheux ; d'où cela vient-il? Des domestiques sans doute; il faut avoir l'œil sur ces gens-là.

C'est un M. Pourpour qui est, je crois, généraldirecteur du corps ; il est homme de mérite, à ce qu'on m'en a dit. Depuis sa gestion, les instituteurs souffrent moins de changements. G est un grand vice de moins. Il est à souhaiter que les places de gouverneur prennent de la solidité, il y en a plusieurs qui ne manquent pas de talent. Et pour résumer ce feuillet, je le réduis à trois points :

Ordonner Je bâtiment selon ce plan; créer de l'émulation ; et négliger des inconvénients minutieux qu'on ne corrigerait peut-être que par d'autres.

La perfection de la maison des filles fait une si forte impression sur les étrangers ; leur malheureuse petite jalousie se rabat d'une manière si cruelle et si affligeante sur le médiocre succès de la maison des

garçons ; j'ai entendu sur ce point des propos si mortifiants croiser mes éloges ; je désire si fort que Sa Majesté Impériale qui va donner incessamment à sa nation de bonnes mères, prépare à ces mères des époux dignes d'elles, et aux enfants qui en naîtront des parents jaloux de leur transmettre la bonne éducation qu'ils auront reçue dans ces deux grandes écoles, qu'il a fallu céder, malgré la lassitude et l'indisposition, au tourment qui me pressait d'écrire un feuillet sur cet intéressant objet. Le voilà écrit. Et sur ce, je prends la liberté de souhaiter une bonne nuit à Sa Majesté Impériale, et la supplie de permettre que je me repose, car j'en ai besoin.

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Votre Majesté a institué deux maisons, où elle prépare des sujets d'un mérite rare. Mais ces deux grandes maisons ne peuvent renfermer tous ses enfants; et parmi ceux qui restent épars et négligés dans l'empire, et qui y perpétueraient l'ignorance et les préjugés, il y en a certainement que la nature a destinés aux grandes choses.

Votre Majesté, qui est la mère tendre des uns, ne

veut certainement pas se montrer la marâtre des autres.

Son projet est de mettre tout son bien en valeur, et d'ouvrir toute sorte d'issues au génie, dans quelque condition que la nature l'ait placé.

Dans toutes les contrées, presque tous les hommes qui se distinguent dans les sciences et dans les arts sont de basse extraction, et la raison en est simple. Ces conditions communes fournissent mille hommes contre un homme de naissance. Les premiers sont élevés plus sévèrement ; moins chers à leurs parents indigents, ils en sont moins corrompus ; ils n'imaginent pas qu'on sait tout sans rien apprendre; ils se tourmentent; ils travaillent; ils se hâtent de sortir de leur obscurité, l'unique moyen d'obtenir les aisances de la vie qui leur manquent, ou de s'en consoler par la considération générale, l'estime de leurs semblables, et la conscience de leur valeur. Ceux-ci sont relégués dans un grenier où ils sont heureux.

Quoi qu'il en soit, les basses conditions de la société seront donc dans tous les empires la pépinière des mœurs, des connaissances, des talents, de la gloire et de l'illustration présente et à venir de leurs nations.

Ce n'est pas que l'homme qui naît avec du génie et le goût du travail, dans une condition relevée, n'ait un grand avantage sur nous ^ A la table de ses parents,

I . Encore faut-il supposer que les parents ont de bonnes mœurs. (diderot.)

sans s'en douter, son âme s'accoutume aux grands objets. Les enfants des premiers Romains n'ont point eu d'autre éducation, et ils furent des hommes.

Je sens toute l'importance de la matière que je vais traiter, et peu s'en faut que je ne m'arrête tout court, tant elle me semble au-dessus de mes forces.

n est donc nécessaire d'ouvrir, dans chaque grande ville, une seule école; ou, si la commodité en demande plusieurs, qu'elles soient toutes formées sur un même plan.

Et comme l'éducation qu'on y donne doit tendre à faire des citoyens honnêtes et éclairés et convenir à toutes les classes de la société, les parents doivent être forcés par la loi d'y envoyer leurs enfants ^ Voilà l'avantage de votre commission : c'est de conduire les esprits à tout ce qu'il vous plaira, sans avoir l'air de les contraindre, et sans les révolter; et c'est là pourquoi je la rendrais permanente. La nation la prendrait sans cesse pour sa machine ; et ce serait toujours la mienne. La nation croirait faire toujours sa volonté, et ce serait toujours la mienne qu'elle ferait. Jamais \ otre Majesté n'aurait l'odieux prétendu d'aucune opération.

Si la police de ces écoles publiques est bien faite.

I . C'est des basses ou dernières conditions de la société dont les enfants restent sans aucune sorte d'éducation que sortent toutes les sortes de malfaiteurs. On a voulu à Paris les enlever à leurs parents, et cette violence a causé une révolte; c'est qu'il fallait les contraindre à se rendre dans les écoles publiques et leur fournir du pain dans ces écoles. (nioEnox.)

Sa Majesté verra combien peu il lui restera de tous ces enfants, à la fin de l'éducation.

En conséquence, il doit y avoir dans une écolo générale et publique trois sortes d'élèves : des pensionnaires, des boursiers et des externes.

Des pensionnaires. — Ce seront les enfants des parents aisés, mais trop distraits ou trop occupés pour veiller eux-mêmes sur leurs enfants ; point, mais point absolument ni de précepteurs particuliers, ni de valets ; point d'appartements séparés ; qu'ils soient tous confondus; qu'ils apprennent l'égalité; qu'un pensionnaire noble soit aussi parfaitement sous la férule du maître que le pensionnaire roturier; et que celui-ci puisse s'en venger, s'il est insolent. Je me garderais bien d'encourager des querelles entre eux, mais je ne serais pas fâché qu'il en survînt

Les maîtres ne pourraient infliger aucune punition d'eux-mêmes. Je ferais juger un écolier coupable par ses camarades; et l'on verrait, je n'en doute pas, ces petites sentences tempérées par l'indulgence, sans trop de partialité.

Il faut que le prix de ces pensions soit égal pour tous, et qu'il soit très modique; que la maison fasse toutes les sortes de dépenses, et qu'il n'y ait aucune sorte de distinction. Peut-être même serait-il bon que l'enfant qui naît décoré, laissât sa décoration à la porte.

Des boursiers. — Ce seront les enfants de ceux qui ne sont pas assez aisés pour fournir soit à l'éducation, soit à la subsistance de leurs enfants, et que le collège adopte. Je désirerais que les parents, pendant la durée de l'éducation, perdissent toute autorité sur leurs enfants. Ils n'auront absolument aucune dépense à faire pour eux. Ils voudraient améliorer leur sort, qu'il faudrait s'y opposer.

Ces bourses seront fondées ou par la munificence du souverain, ou par le patriotisme des grands seigneurs et de riches particuliers, à qui je n'en laisserais pas la collation. Cela deviendrait bientôt une affaire de protection et de préférence. L'enfant qui mériterait une bourse l'obtiendrait rarement.

Comme il ne pourrait y avoir autant de bourses que d'enfants indigents, une bourse vacante ouvrirait le concours. Nouveau moyen d'émulation pour les parents et pour les enfants.

J'ai remarqué que les pensionnaires et les externes méprisaient les boursiers. Je ne sais guère de remède à cet inconvénient que la séparation absolue ou par deux maisons, ou dans la même.

J'ai remarqué que la basse avarice des parents aisés les entraînait à solliciter et à ravir à l'indigence une bourse, sa ressource. Il faudrait donc que l'indigence fût légalement constatée. Il y a deux manières : l'information par le juge et l'annonce à l'église par la prêtre.

Des externes. — Ce sont des enfants de parents e état de les garder, de les nourrir, de les vêtir, de fournir à toutes dépenses et de les envoyer à l'école. J'assujettirais ces enfants à un vêtement d'école. L'appel s'en ferait par les maîtres, et l'on s'assurerait de leur absence. Sans cette attention, ils feront ce qu'on appelle chez nous l'école buissonnière. Que la maladie constatée soit l'unique bonne excuse. Celui dont on ne peut obtenir de l'exactitude fait un métier qui lui est antipathique ; il faut l'envoyer promptement à un autre.

Je ne pense pas que les études puissent se poursuivre sans interruption ; il faut du repos aux maîtres et aux écoliers. Je fermerais les classes ou un jour de la semaine, ou un mois et demi de la saison de l'année la plus rigoureuse.

Je n'entre point dans la construction des écoles ; il faut qu'on s'y trouve bien dans tous les temps ; beaucoup d'air, quand il fait chaud ; de la chaleur, quand il fait froid. J'aurais pu me dispenser de parler de cela. J'aimerais mieux les écoles rondes que carrées. Le professeur voit mieux, et il est plus parfaitement entendu.

Mais surtout des surveillants assidus aux endroits où ils sont appelés par leurs besoins ; car c'est là qu'ils se corrompent.

Point de ces billets de parents qui excusent l'absence de leurs enfants.

Faut-il que les maîtres soient stipendiés par l'État, ou par les enfants ? Question fort débattue en France, où l'on a prétendu que l'instruction gratuite, en éteignant l'émulation entre les maîtres, a ruiné les écoles '. Les jeunes gens que Sa Majesté envoie soit à Leyde, soit à Leipzig^ deviendraient bientôt la pépinière des maîtres, mais il faudrait qu'ils fussent soumis sans réserve à un directeur autorisé à les garder ou à les renvoyer ; et, par conséquent, ce directeur devrait être un homme de poids par son âge, sa sagesse et ses lumières.

Les maîtres seront ou ne seront pas mariés. Il est d'expérience que les maîtres qui sont pères sont plus doux et plus indulgents. Ils habiteront ou n'habiteront pas la maison collégiale, mais jamais leurs femmes n'y doivent mettre le pied, et leurs enfants n'y entrer que comme écoliers.

Notre éducation, bornée à l'élude des langues, a été jusqu'à présent monastique. On dirait que tous les enfants renfermés dans nos collèges sont destinés ou à la magistrature ou à l'Eglise. On nous montre

1. Puisque vous avez des boursiers, ou des places gratuites pour les indigents, il y aurait moins d'inconvénients à ce que les autres écoliers payassent leurs maîtres ; plus un maître aurait d'écoliers, plus il serait riche ; et plus il serait habile, plus il aurait d'écoliers. Si vous n'avez dans la capitale qu'un ou deux collèges, il faut que les maîtres soient stipendiés par l'Etat.

(diderot. )

2. Il faut soutenir et même assez longtemps ces envois ; il faut que ces enfants aient une maison commune et un maître absolu. (diderot.)

SyO DIDEROT ET CATHERINE II.

pendant six à sept ans une langue que nous n'apprenons pas. Les choses sont restées jusque sous le règne présent telles qu'elles ont été instituées sous Charlemagne, temps où la langue latine, usitée dans toutes les affaires civiles, était d'une étude indispensable.

On a anéanti, il n'y a qu'un moment, les mauvais instituteurs ^ Je croyais toucher à la réinstauration des bonnes études ; et l'on a remplacé les mauvais instituteurs par d'autres qui sont pires qu'eux. Ils ont encore moins de lumières et moins de mœurs. C'est l'ouvrage de ces magistrats expulsés^ qui se mêlaient de tout pour gâter tout.

Je ne pense pas qu'on puisse étendre les exercices des écoles publiques à tout ce qui entre dans le plan de vos maisons d'éducation. Cela multiplierait à l'infini les maîtres et les leçons. Je crois qu'il en faut restreindre l'objet à la pure et simple instruction scientifique et morale.

Point de gymnastique, point de musique, point de danse, point de comédies, point de tragédies dans vos écoles publiques. Que ceux des pensionnaires à qui l'on voudra montrer la danse, le chant, les armes, l'équitation, aient des maîtres particuliers qui se rendront au collège dans l'intervalle des études ^.

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