‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 21 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Qu'on remarque ensuite qu'elle séjourne près de deux ans en Suisse, où Grimm va passer avec elle plus de six mois. Où est donc le mystère en tout ceci? Le mystère, s'il y en a un, est dans la folle passion que Rousseau avait pour madame d'Houdetot. Une chose, peut-être aussi, inquiétait sa vanité : il craignait qu'en accompagnant une grande dame, on ne vînt à faire la différence, dans son pays, entre sa conduite et les principes qu'il affichait en ses ouvrages. Une lettre qu'il écrit à Saint-Lambert, où il se plaint que madame d'Houdetot lui conseille d'aller à Genève, témoigne de cette préoccupation. « Quoi qu'il arrive, écrit-il, je ne veux pas aller m'étaler dans mon pays à la suite d'une fermière générale. » Ce qui irrita madame d'Épinay bien plus que le refus de raccompagner, fut que pendant tous les pourparlers que l'incident fit naître, elle acquit la certitude que Jean-Jacques l'avait desservie dans l'esprit de Diderot. Rien ne pouvait lui être plus sensible. Sous l'empire de la colère, elle lui signifia son congé. Rousseau quitta donc l'Ermitage et vint s'établir à Mont-Louis, près de Montmorency, chez M. Mathas, procureur fiscal du prince de Gondé.

Brouillé avec Grimm et madame d'Épinay, Rousseau prit la résolution de se séparer de Diderot

confondu ce Linant, précepteur du fils de madame d'Épinay, avec celui qui avait été placé autrefois chez Voltaire. Mais ce passage d'une lettre de Voltaire ne donne pas lieu de douter qu'il y avait deux personnes de ce nom. « Permettez que je remercie M. Linant. Il n'a pas besoin de son nom pour avoir droit à mon estime et à mon amiti;. J'ai connu son mérite avant de savoir qu'il portait le nom d'un de mes anciens amis. -

et de la société des Philosophes. Il s'agissait pour lui d'en trouver une occasion éclatante, un article de Y Encyclopédie la lui fournit.

Pendant que s'accomplissaient les divers incidents que nous venons de retracer, l'entreprise des deux éminents coopérateurs suivait son cours régulier. En 1752, après l'impression du deuxième volume, la publication de V Encyclopédie avait été suspendue par un arrêt du conseil du roi, en date du 7 février; mais le gouvernement, sans toutefois révoquer l'arrêt qu'il avait rendu, avait fait des instances aux auteurs pour qu'ils la reprissent et depuis rien n'était venu l'entraver. Le troisième volume avait paru en 1753, précédé d'un discours où d'Alembert, en même temps qu'il répondait aux critiques auxquelles les deux premiers volumes avaient donné lieu, repoussait les accusation d'irréligion qu'on dirigeait contre les éditeurs, et se défendait de l'imputation, dont on les chargpait, de propager des doctrines dangereuses à la sûreté de l'État. En somme, les tracasseries qu'on avait suscitées aux directeurs de Y Encyclopédie, loin de nuire à l'ouvrage, avaient contribué à le rendre meilleur. Le troisième volume était plus soigné que les précédents; et l'attention du public ayant été éveillée par l'arrêt du Conseil, le nombre des souscripteurs s'en trouvait augmenté. Enfin, tout marchait à souhait, quoique en silence, mais le moment était venu où Y Encyclopédie allait faire grand bruit.

Un article sur Genève attira sur d'Alembert un orage auquel il était loin de s'attendre. Le coup

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