‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 33 sur 118 · LIVRE PKEMIEH · texte numérisé non relu

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bien qu'il indiquât un bon naturel, causait souvent de l'impatience à ses amis : c'était l'envie de se mêler de leurs affaires, d'être leur confidente, leur conseil et leur guide; dans une lettre à mademoiselle Voland, Diderot se plaint vivement de la manie de cette dame : « Je reçus jeudi la visite de madame Geoffrin, qui me traita comme une bête, et qui conseilla à ma femme d'en faire autant. La première fois, elle vint pour gâter ma fille; cette fois, elle serait venue pour gâter ma femme et lui apprendre à dire des gros mots et à mépriser son mari. »

Vers l'année 1764, un autre salon s'ouvrit aux philosophes, celui de mademoiselle de Lespinasse \ . Sans être belle, cette femme, célèbre par l'attachement inaltérable que lui avait voué l'illustre d'Alembert, possédait toutes les grâces de l'esprit. « C'était, dit Marmontel dans ses Mémoires, la tête la plus vive, l'âme la plus ardente, l'imagination la plus inflammable qui ait existé depuis Sapho. a

d'Alinville et le baron. Je remarque toujours le goût noble et. simple dont cette femme s'habille. Elle avait ce jour-la une étoffe simple, d'une couleur austère, des manches larges, le linge le plus uni et le plus fin, et puis la netteté la plus recherchée de tout côté... « M. Charles de Mouy vient de publier la Correspondance inédite de madame Geoffrin et de Stanislas- Auguste Poniatowski, roi de Pologne.

(') Julie-Jeanne-Éléonore de Lespinasse, née à Lyon en 1732, était l'enfant naturelle de madame d'Albon ; mais elle fut enregistrée sous le nom d'un bourgeois de Lyon. En 1752, madame du Deffand, ayant fait un voyage en Bourgogne, rencontra mademoiselle de Lespinasse et l'emmena avec elle, à Paris, comme demoiselle de compagnie.

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La marquise du Deff'and, chez qui mademoiselle de Lespinasse avait trouvé un asile, était aussi une des femmes les plus spirituelles de son temps; mais elle était, par contre, l'une des plus méchantes. Rien ne mettait à l'abri de ses satires, si ce n'est une malice égale à la sienne. Voltaire est la seule personne qu'elle ait ménagée : elle n'ignorait pas qu'il était dangereux de s'attaquer à l'irascible poète. On aura une idée de la manière dont elle traitait ses meilleures amies, en lisant le portrait qu'elle a tracé de madame du Châtelet dans une lettre à Horace Walpole : « Représentez-vous une femme grande et sèche, sans cul, sans hanches, la poitrine étroite, deux petits tétons arrivant de fort loin, de gros bras, de grosses jambes, des pieds énormes, une très-petite tête, le visage aigu, le nez pointu, deux petits yeux vert-de-mer, le teint noir, rouge, échauffé, la bouche plate, les dents clair-semées et extrêmement gâtées. Voilà la figure de la belle Emilie, figure dont elle est si contente, qu'elle n'épargne rien pour la faire valoir : frisures, pompons, pierreries, verreries, tout est à profusion; mais comme elle veut être belle en dépit de la nature, et qu'elle veut être magnifique en dépit de la fortune, elle est souvent obligée de se passer de bas, de chemises, de mouchoirs et autres bagatelles.. .. ï

A coté de cette caricature de l'amie de Voltaire, il n'est pas sans intérêt de placer la plaisante oraison funèbre que fit Voltaire au vieil amant de madame du Deffand, le président Hénault : « 11 y a

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