‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 37 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

s'était lié avec le maréchal de Luxembourg, qui l'avait, même, logé chez lui dans son château d'Enghien, près de Montmorency. Dès que d'Alembert eut appris l'emprisonnement de Morellet, il s'empressa d'écrire à Rousseau avec qui, malgré l'article sur Genève et la Lettre sur les Spectacles, il n'avait pas rompu, pour qu'il priât le maréchal de solliciter la liberté de l'abbé. Jean-Jacques s'y employa avec zèle, et, le premier août, d'Alembert lui annonçait l'élargissement du prisonnier et le remerciait de ses démarches.

L'auteur des Philosophes ne devait pas jouir paisiblement du succès de mauvais aloi que sa pièce venait d'obtenir. Malgré ses précautions, il avait irrité un homme qu'il n'était pas facile d'apaiser. Voltaire, en effet, ne s'était pas laissé prendre aux flagorneries de Palissot; et obéissant à des sentiments qui l'honorent, il n'avait pas voulu séparer sa cause de celle des encyclopédistes persécutés. L'arrêt qui avait frappé l'auteur du livre de Y Esprit ne l'avait pas beaucoup touché, il n'avait remarqué dans l'ouvrage d'Helvétius qu'une « certaine affectation à le mettre à côté de Crébillon »; mais quand il s'aperçut que la perte des philosophes était résolue, il s'en constitua ouvertement le champion. Dès le 7 février 1759 il écrivait à Thieriot-la-Trompette (') pensant bien que sa lettre serait lue dans tous les salons de Paris : « Je vous prie de me dire quel est le conseiller ou président, géomètre, métaphysicien,

(M Surnom que Voltaire rlounait à sou ancien ami.

mécanicien, théologien, poëte, grammairien, médecin, apothicaire, musicien, comédien qui est à la tête des juges de l'Encyclopédie1} Il me semble que je vois l'inquisition condamnant Galilée. »

Palissot ayant envoyé sa pièce à Voltaire le 28 mai, reçut le A juin, au lieu de remerciements, une lettre qui contenait les reproches les plus véhéments. «Je suisdes premiers qui aientemployé fréquemment ce vilain mot d'humanité, contre lequel vous faites une si brave sortie dans votre comédie. Si après cela on ne peut pas m1 accorder le nom de philosophe,

c'est l'injustice du monde la plus criante

Faites votre examen de conscience et voyez si vous êtes juste en représentant MM. d'Alembert, Duclos, Diderot, Helvétius, le chevalier de Jaucourt et tutti qtianti, comme des marauds qui enseignent à voler dans la poche.... S'ils étaient tels que vous les représentez, il faudrait les envoyer aux galères, ce qui n'entre point du tout dans le genre comique. Je vous parle net; ceux que vous voulez déshonorer passent pour les plus honnêtes gens du monde; et je ne sais même si leur probité n'est pas encore

supérieure à leur philosophie Sans avoir jamais

vu M. Diderot, sans trouver le Père de famille plaisant, j'ai toujours respecté ses profondes connaissances; et à la tête de ce Père de famille, il y a une épître à madame la princesse de Nassau qui m'a paru le chef-d'œuvre de l'éloquence et le triomphe de Y humanité; passez-moi le mot.... »

L'émotion causée par la pièce de Palissot s'était bientôt calmée. A la fin du mois d'octobre, Diderot

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