‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 43 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ment plus franc et plus conséquent, et quelquefois profond dans la dépravation (I). »

Un événement tout à fait inattendu et dont nous allons faire succinctement l'historique, venait de débarrasser l'école encyclopédique de ses ennemis les plus puissants et les plus dangereux. L'ordre d'expulsion des Jésuites était signé. Le promoteur le plus persévérant et le plus énergique de cette mesure, avait été M. de la Chalotais, procureur général au Parlement de Bretagne. Par ses deux comptes-rendus des constitutions des Jésuites, qu'il avait lus devant les Chambres assemblées, le premier au commencement de décembre 1761, le second au mois de mars 1762, il avait donné l'impulsion aux procureurs généraux des autres cours souveraines; et la suppression de l'ordre le mieux organisé qui ait jamais existé, fut décidée d'un commun accord (*). La France n'avait pas eu, d'ailleurs, l'initiative de cette mesure : déjà, en Portugal, le pays le plus livré aux prêtres et aux moitiés, comme le remarque d'Àlembert (3), le premier ministre Carvalho avait ordonné leur expulsion, à la suite de l'attentat commis contre le roi, à l'instigation du père Malagrida.

(') Gn'tlie a t'ait une traduction allemande du Neveu de Hameau et la version française, qu'on en lit plus tard, a longtemps passé pour l'original.

(") La société de Jésus. — disait l'abbé Raynal qui avait été jésuite, — est une épée dont la poignée est à Rome et la pointe est partout.

(*) Voy. l'ouvrage de d'Alembert : Sur la destruction des Jésuites.

En France, l'ordre de bannissement fut diversement apprécié, selon le degré de crainte qu'ils inspiraient. Les encyclopédistes, se sentant délivrés d'ennemis redoutables, ne cachaient pas leur joie. Diderot, en particulier, écrivait à Sophie \ : «Voilà, mon amie, le billet d'enterrement des Jésuites. Me voilà délivré d'un grand nombre d'ennemis puissants. Qui est-ce qui aurait deviné cet événement, il y a un an et demi? Ils ont eu tant de temps pour prévenir ce coup, qu'il fallait, ou qu'ils eussent bien peu de crédit, ou que le roi eût bien résolu leur destruction : c'est le dernier qui est le plus vraisemblable. L'affaire du Portugal aura jeté sur l'affaire de France quelques lueurs qui les aura montrés au monarque sous un aspect odieux; il aura attendu le moment de se défaire de gens qui l'avaient frappé, et qu'il voyait, sans cesse, la main levée sur lui ; celui de la banqueroute scandaleuse du père la Valette aura paru favorable; ils se mêlaient de trop d'affaires. Depuis environ deux cents ans qu'ils existent, il n'y en a presque pas un qui n'ait été marqué par quelque forfait éclatant. Ils brouillaient l'Église et l'État. Soumis au despotisme le plus outré dans leurs maisons, ils en étaient les preneurs les plus abjects dans la société; ils prêchaient au peuple la soumission aveugle aux rois, l'infaillibilité du pape, afin que maîtres d'un seul, ils fussent maîtres de tous. Ils ne reconnaissaient d'autre autorité que celle de

(i) 12 août 1762.

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