LIVRE PREMIER
pensa donc à lui donner un état, et celui de légiste sembla le plus conforme à ses dispositions studieuses et à ses goûts sérieux. Mais il éprouvait une aversion insurmontable pour tout ce qui n'était pas du domaine de la philosophie ou des belleslettres, et pendant qu'on le croyait plongé dans l'étude de Voët ou de Vinnius, Cicéron et Virgile étaient les auteurs qu'il dévorait en secret.
Sa petite fortune, ne lui permettant pas d'adopter ce mode d'existence, et sa santé s'étant altérée par une application trop constante, il se vit obligé d'embrasser un genre de vie plus actif. En 1734, il alla à Bristol pour apprendre le commerce; mais au bout de quelques mois il reconnut que cette profession ne lui convenait pas. Il passa en France dans l'intention de se retirer à la campagne, et c'est là qu'il se traça le plan de conduite qu'il a toujours suivi depuis avec succès. Pour suppléer à ce qui lui manquait du côté de la fortune, il s'astreignit à la plus rigide sobriété : « Ainsi, dit-il, je conservais mon indépendance, et dédaignais tout ce qui ne concernait pas mes progrès en littérature. ))
Pendant son séjour en France, d'abord à Reims, ensuite et principalement à la Flèche, il composa son Traité de la nature humaine. Après trois années de séjour en France, il revint en Angleterre et publia à Londres ce Traité, qui parut en 1738. Jamais tentative littéraire n'eut un plus triste sort : ce fut un livre mort-né. Mais son heureux caractère lui fit surmonter sans peine cette première infortune,
et il continua à étudier avec plus d'ardeur. En 1742 parut à Edimbourg la première partie de ses Essais, qui rencontra un accueil assez favorable.
En 1745, il reçut du marquis dWnnandale l'invitation de venir vivre avec lui en Angleterre, où il resta une année comme précepteur du jeune marquis. Ses appointements augmentèrent sa petite fortune Ensuite, il accompagna le général Saint-Clair, en qualité d'aide-de-camp à Vienne, puis à Turin, où le général avait été 'nommé ambassadeur. Pendant les deux années qu'il resta, soit en Autriche, soit en Italie, ses études se trouvèrent interrompues: « Je passais gaiement ma vie, dit-il, et en bonne compagnie, et mes appointements, que mes habitudes frugales me permettaient d'économiser, me mirent à la tête d'une petite fortune que je disais indépendante, quoique cette manière de parler excitât l'hilarité de mes amis. Bref, je possédais près de 1000 livre» sterling.»
Hume était persuadé que l'insuccès de son Traité de la nature humaine tenait à ce qu'il s'était trop pressé de le faire imprimer. C'est pourquoi il refondit cet ouvrage qui prit place dans ses Recherches sur V entendement humain. Ce livre, publié pendant qu'il était à Turin, ne fut pas mieux reçu du public que le Traité de la nature humaine. Grâce à une force de caractère peu commune, ces déceptions ne firent presque aucune impression sur lui. En 1749, il vivait dans la propriété de son frère, où sa mère venait de mourir. C'est là qu'il composa d'abord la seconde partie de ses