‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 62 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

réception que me firent à Paris hommes et femmes de tous rangs et conditions. Plus je cherchais à me soustraire à leurs politesses, plus ils m'en accablaient. On éprouve une salisfaction réelle à vivre à Paris à cause du grand nombre de gens cultivés, polis, sociables, dont cette ville abonde plus que toute autre ville de l'univers. J'ai pensé alors à m'y établir pour toute ma vie (1). »

• En 1765, lord Hertford ayant quitté Paris pour aller en Irlande, où il avait été nommé lord lieutenant, Hume fut chargé d'affaires, et c'est avec ce titre que nous le rencontrons dans le monde philosophique à Paris (2). L'importance de ses fonctions rendrait raison de l'accueil que le penseur écossais reçut à Paris du monde officiel; mais celui qu'il trouva dans la société des philosophes ne s'explique que par la haute valeur de ses ouvrages. Ses Essais sur l'entendement humain, ses Recherches sur les principes de la morale et ses écrits sur l'économie politique, étaient connus en France de tous ceux à qui les hautes questions philosophiques n'étaient pas indifférentes, et à plus forte raison de l'école encyclopédique et des économistes. On ne saurait douter que Diderot se soit inspiré des travaux de Hume; mais l'influence du philosophe étranger se fait

(i) Voy. The life of David Hume.

(2) Il écrivait à Robertson : « Je ne mange que de l'ambroisie, je ne bois que du nectar, je ne respire que «le l'encens, je ne foule que «les Heurs. Tous les hommes et plus encore, toutes les femmes que je rencontre, se croient obligées de faire une harangue à ma louange. »

surtout sentir dans les Lettres de Georges le Roy sur les animaux, et bien plus encore dans les écrits des économistes.

Ses fameux Essais sur F entendement, dans lesquels il a indiqué les bornes de l'intellect, le but de la science [« elle doit rapporter directement à l'action et à la société, ») et les écueils de la métaphysique, en font le précurseur de la philosophie positive, telle que l'a conçue, un siècle plus tard, le génie d'Auguste Comte. Sur l'origine de nos idées, il s'exprime ainsi : « Tous les matériaux de nos pensées sont pris, ou des sens extérieurs, ou du sentiment interne; la fonction de l'âme consiste à en faire l'assortiment et le mélange, ou, pour parler plus philosophiquement, les idées sont les copies modifiées des impressions, et chaque perception languissante est l'affaiblissement de quelque perception plus vive. Deux raisons suffisent pour nous en convaincre : Premièrement, si nous analysons nos pensées ou nos idées, quelque compliquées, quelque sublimesqu'elles soient, elles se résoudront toujours en un assemblage d'idées simples dont chacune est copiée d'après quelque sentiment ou quelque sensation correspondante. Par une recherche exacte, on ramène à cette origine les idées mêmes qui, d'abord, en paraissent les plus éloignées : telle est l'idée de Dieu, c'est-à-dire d'un être dont l'intelligence, la sagesse et la bonté sont infinies; elle nous vient en réfléchissant sur les opérations de initie âme, et en donnant une ('tendue illimitée aux qualités de sagesse et fie bienfaisance que nous

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