‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 63 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

remarquons en nous. Qu'on pousse cet examen jusqu'où l'on voudra, on trouve toujours que chaque idée vient d'une impression correspondante.

» En second lieu, lorsqu'il arrive, par un défaut dans les organes, qu'un homme n'est pas susceptible d'une certaine espèce de sensation, nous le trouvons également privé des idées qui en naissent.

.... » Dès que nous soupçonnons un terme philosophique d'être vide de sens et de n'avoir point d'idée correspondante, comme cela n'arrive que trop fréquemment, nous n'avons qu'à demander à quelle impression cette prétendue idée rapporte son origine? »

Plus loin, à propos de la causalité ou de la liaison de cause à effet, Hume dit : « Je hasarderai ici une proposition que je crois générale et sans exception : c'est qu'il n'y a pas un seul cas assignable où la connaissance du rapport qui est entre la cause et l'effet, puisse être obtenue à priori; mais qu'au contraire cette connaissance est uniquement due à l'expérience, qui nous montre certains objets dans une liaison constante. Il n'y a point d'objet qui manifeste, par ses qualités sensibles, les causes qui l'ont produit, ni les effets qu'il produira à son tour; et notre raison, dénuée du secours de l'expé rience, ne tirera jamais la moindre induction qui concerne les faits et les réalités.

y> On comprend maintenant pourquoi les philosophes sages et modérés ne se vantent jamais de pouvoir assigner les causes premières.... Ils conviennent que le dernier effort de la raison humaine

se réduit à simplifier les principes producteurs des phénomènes naturels; et à résoudre, avec le secours de l'analogie, de l'expérience et des observations, la foule des effets individuels en un petit nombre de causes générales; mais les causes de ces causes nous échapperont toujours. Les derniers ressorts, les premiers principes, voilà recueil éternel delà curiosité humaine.... »

Dans le Neuvième essai sur l'entendement humain, qui forme le chapitre intitulé : De la Raison des bêtes, Hume s'exprime ainsi : « Il paraît évident qu'à bien des égards les bêtes s'instruisent par l'expérience, aussi bien que l'homme, et que, comme lui, elles infèrent les mêmes événements des mêmes causes. L'ignorance et l'inexpérience des jeunes animaux se distinguent manifestement de la ruse et de la sagacité des vieux, à qui de longues observations ont appris à éviter ce qui blesse et à poursuivre ce qui donne du plaisir.

y> Cette vérité est mise encore dans un plus grand jour par les effets que produisent l'éducation et la discipline sur tous les animaux qui, par des récompenses et des punitions, dispensées à propos, peuvent être dressés aux actions les plus contraires à leurs instincts et à leurs penchants naturels. Or, quand les animaux attendent, des objets présents, les mêmes suites qu'ils ont toujours expérimentées dans les cas semblables, il est impossible que cette induction soit fondée sur une chaîne de raisonnements, par lesquels ils concilieraient que des événements semblables doivent se trouver à la suite

Page 1