LIVRE SECOND
un ouvrage de Galiani, qui était appelé à faire grand bruit, non-seulement à cause de sa valeur réelle, mais encore parce qu'il allait être le signal de l'opposition entre les philosophes et les économistes, opposition qui s'aggrava encore sous l'influence du salon de M. et madame Necker. Mais avant de parler des Dialogues sur le commerce des blés, il convient de dire quelques mots des économistes. L'école des économistes, qui avait à sa tête Quesnay (*), le marquis de Mirabeau [l'ami des hommes), Gournay, Mercier de la Rivière, était loin d'obéir à un principe unique; on peut dire que chacun de ses membres avait, au contraire, son système particulier; cependant, ils étaient tous, ou presque tous, partisans du laissez faire, et croyaient qu'il n'y avait pas lieu de chercher à corriger le jeu naturel de la production et de la consommation. Ils professaient, par conséquent, en économie publique, cette fausse doctrine du naturisme ou de la bonne Nature, transformation de la Providence, dont Rousseau avait été l'éloquent propagateur en philosophie, et qui avait alors des adeptes distingués dans les sciences et les arts. Si l'on voulait établir une division parmi les économistes, on pourrait les partager en deux catégories, ainsi que l'a fait Turgot : ce Vers 1750, dit Turgot, messieurs Quesnay et de Gournay examinèrent s'il ne serait pas possible de trouver, dans la
(l)Le Dr Quesnay, premier médecin ordinaire du Roi. Il a l'ait, pour l'Encyclopédie, les articles Grains, Fermier, etc.
nature des choses, les principes de l'économie politique, et de les lier de manière à en faire une science. Ils arrivèrent, par deux routes différentes, aux mêmes résultats qui leur parurent positifs; et, quoique chacun regardât la méthode de l'autre comme la démonstration de la même vérité, ils formèrent deux écoles. M. de Gournay, négociant, s'attacha au principe de la liberté et de la concurrence du commerce. M. Quesnay, cultivateur instruit, s'occupa plus particulièrement de l'agriculture et de ses produits, qu'il considérait comme les véritables sources de la richesse et de la prospérité des nations. Il fit cet adage : Pauvres paysans, pauvre royaume; pauvre royaume, pauvre paysans, et parvint à le faire imprimer à Versailles de la main dé Louis XV 0). »
Dans l'énumération que nous avons faite des plus célèbres économistes, nous avons omis de mentionner Turgot. C'est que celui-ci était un homme de génie, incomparablement supérieur aux plus éminents d'entre eux, même à Quesnay, et que nous aurons à nous en occuper plus tard comme homme d'État, quand il sera devenu, en 1774, contrôleur-général des finances.
Nous allons maintenant donner une idée des Dialogues de Galiani, lesquels sont, au dire d'un homme des plus compétents (!): «des chefs-d'œuvre d'esprit, d'art et souvent d'une admirable sagacité. j>
(i) Voy. Œuvres de Turgot.
(») M. Pierre Laffitte : voy. dans la Politique positive, le chapitre intitulé : De la stabilité de l'équilibre économique.