‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 80 sur 118 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

l'influence que ce livre a eue dans la suite, et les critiques ardentes auxquelles il a donné lieu depuis, exigent que nous nous y arrêtions d'une manière spéciale.

La préface du Système de la Nature indique tout d'abord les vues de l'auteur, son point de départ, et son but : « L'homme, dit d'Holbach, n'est malheureux que parce qu'il méconnaît la Nature. Son esprit est tellement infecté de préjugés, qu'on le croirait

pour toujours condamné à l'erreur C'est à

l'erreur que sont dues les chaînes accablantes que les tyrans et les prêtres forgent partout aux nations. C'est à l'erreur qu'est dû l'esclavage où, presque en tout pays, sont tombés les peuples que la nature destinait à travailler librement à leur bonheur. C'est à l'erreur que sont dues ces terreurs religieuses qui font partout sécher les hommes dans la crainte, ou s'égorger pour des chimères. C'est à l'erreur que sont dues ces haines invétérées, ces persécutions barbares, ces massacres continuels, ces tragédies révoltantes, dont, sous prétexte des intérêts du ciel, la terre est devenue tant de fois le théâtre. Enfin, c'est aux erreurs consacrées par la religion, que sont dues l'ignorance et l'incertitude où l'homme est de ses devoirs les plus évidents, de ses droits les plus clairs, des vérités les mieux démontrées : il n'est presque en tout climat qu'un captif dégradé, dépourvu de grandeur d'âme, de raison, de vertu, à qui des geôliers inhumains ne permettent jamais de voir le jour.

» Tachons donc d'écarter les nuages qui empè-

chent l'homme de marcher d'un pas sûr dans le sentier de la vie, inspirons-lui du courage et du respect pour sa raison; qu'il apprenne à connaître son essence et ses droits légitimes; qu'il consulte l'expérience, et non une imagination égarée par l'autorité; qu'il renonce aux préjugés de son enfance; qu'il fonde la morale sur sa nature, sur ses besoins, sur les avantages réels que la société lui procure; qu'il ose s'aimer lui-même; qu'il travaille à son propre bonheur, en faisant celui des autres; en un mot, qu'il soit raisonnable et vertueux, pour être heureux ici-bas, et qu'il ne s'occupe plus de rêveries, ou dangereuses, ou inutiles; qu'il se persuade, enfin, qu'il est très-important aux habitants de ce monde d'être justes, bienfaisants, pacifiques, et que rien n'est plus indifférent que leur façon de penser sur des objets inaccessibles à la raison. »

Ainsi, le principal objet de cet ouvrage est de ramener l'homme à la Nature.... On le voit, le Système de d'Holbach est encore fondé sur les mêmes idées que nous avons vues formulées dans la plupart des écrits du temps : c'est toujours la glorification de la Nature. On trouve encore, dans le livre de d'Holbach, la même erreur que nous avons constatée dans le Rêve de d'Alembert, quant à la manière d'envisager les phénomènes physiques, chimiques et physiologiques. Aux yeux du baron et de Diderot la matière et le mouvement expliquent tout; il n'y a, pour eux, aucune autre différence entre la vie et la mort que l'absence de mouvement. C'est bien là le matérialisme dans toute sa simplicité.

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