LIVRE SECOND
dans son empire, pour l'instruction de la jeunesse et le bonheur de tous ses sujets (*). »
Dès son arrivée à Pétersbourg, Diderot s'empressa d'aller voir Falconet, qui le reçut froidement, et lui exprima son très-grand regret de ne pouvoir le loger chez lui. A cette déclaration inattendue, le Philosophe prit la plume et écrivit à M. de Nariskin pour le prier de le recevoir dans sa maison. Le prince l'envoya chercher en voiture et le garda jusqu'au moment de son départ; mais Diderot n'oublia jamais le procédé de Falconet.
Cette déception fut compensée par la joie qu'il eut de revoir Grimm, sur lequel il ne comptait plus.
En revenant de Russie, Diderot, bien qu'il y eût été engagé par Frédéric, ne voulut pas passer par Berlin (*); il retourna à la Haye, où il demeura
(i) Mademoiselle de Lespinasse a raconté dans ses Lettres une anecdote qui donne le ton des conversations qu'avait le Philosophe avec Catherine II. « Ils disputaient souvent; un jour que la dispute s'anima plus fort, la Gzarine s'arrêta en disant : « Nous voilà trop échauffés pour avoir raison ; vous avez la » tête vive, moi je l'ai chaude, nous ne saurions plus ce que » nous dirions. — Avec cette différence, dit Diderot, que vous » pourriez dire tout ce qu'il vous plairait sans inconvénient et » que moi je pourrais manquer. — Eh fi donc! reprit la Gzarine, » est-ce qu'il y a quelque différence entre les hommes? » Une autre fois elle lui disait : « Je vous vois quelquefois âgé de cent « ans et souvent, aussi, je vous vois un enfant de douze. »
(2) A ce sujet, d'Alembert écrivait au roi de Prusse : « Je suis fâché que le phénomène encyclopédique dont V. M. me fait l'honneur de me parler, n'ait fait que raser l'horizon de Berlin. Je suis persuadé que V. M., en l'observant de plus près, l'aurait trouvé digne de quelque attention. Je l'avais fort exhorté et fort invité à se laisser voir du plus grand astronome de notre siècle ; je l'avais assuré que les lunettes de cet astronome étaient
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encore quelques mois. C'est pendant ce séjour qu'il fit sa réfutation du livre d'Helvétius, intitulé l'Homme. Enfin, il arrivait à Paris dans les premiers jours d'octobre 1774-, après une absence de quinze mois. Madame de Vandeul parait persuadée que ce long voyage a abrégé les jours de son père. Elle le trouva maigre et changé, «. mais toujours gai, sensible et bon, » sensible surtout. Lui-même le reconnaissais : g J'avais pensé, disait-il (*), que les fibres du cœur se racorniraient avec l'âge, il n'en est rien; je ne sais si ma sensibilité ne s'est pas augmentée : tout me touche, tout m'affecte. »
très-bénévoles, quoique très-exactes. Il a eu peur de l'astrouome et j'en suis fâché; car je suis bien sûr que l'astronome n'aurait pas été mécontent de son observation, et qu'il m'aurait t'ait l'honneur de m'écrire : J'ai trouvé vrai tout ce que vous m'avez dit du phénomène encyclopédique. »
1 Lettre du 3 septembre 1774. à mademoiselle Yoland.