‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 94 sur 118 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

déré depuis son origine, parait aux yeux du philosophe ui> tout immense qui lui-même a, comme chaque individu, son enfance et ses progrès (*).

La grande originalité, l'indépendance d'esprit de Turgot se révèlent dans son appréciation du moyen âge. Quoique vivant au milieu de penseurs qui considéraient cette période comme sans attaches avec le passé et l'avenir, il osa dire que la prétendue nuit du moyen âge n'existait pas : « Quelle foule d'inventions ignorées des anciens et dues à un siècle barbare! Notre art de noter la musique, les lettres de change, notre papier, le verre à vitres, les grandes glaces, les moulins à vent, les horloges, les lunettes, la poudre à canon, l'aiguille aimantée, la perfection de la marine et du commerce. »

Les opinions philosophiques de Turgot, ne s'accordant pas avec l'état qu'on lui avait fait embrasser, il crut plus digne de le quitter. Il entra dans la magistrature, pensant que les charges de la robe ne mettraient pas ses idées aux prises avec ses devoirs.

Il était maître des requêtes depuis peu de temps quand il donna quelques articles à V Encyclopédie f2). L'entreprise de Diderot et de d'Alembert lui paraissait très-propre à détruire les préjugés et à faire connaître et adopter les vérités qui doivent diriger les opinions et la conduite.

(!) Cette conception est le développement de la pensée de Pascal : « L'humanité doit être considérée comme un seul homme qui vit toujours et qui apprend continuellement. >>

(2) Les articles Étymologie, Expansibilité, Existence, Foires et Fondation.

214 DIDEPOT

Nommé, en 1761, à l'intendance de Limoges, il améliora toutes les branches de l'administration. Mais les graves occupations de sa charge ne l'empêchèrent pas de composer quelques ouvrages. Il en fit un, entre autres, qu'on peut regarder comme le germe du traité sur la richesse des nations d'Adam Smith. Ses travaux d'économie politique, l'activité qu'il déploya dans son intendance, lui assurèrent les suffrages de tous les hommes éclairés, et à la mort de Louis XY, la voix publique le désignait à son successeur au trùne, « comme un homme qui joignait à toutes les lumières que l'étude peut procurer, l'expérience que donne l'habitude des affaires (*). » Au moment où il fut nommé contrôleur-général, les finances étaient dans le plus grand désordre, et le crédit était anéanti. La nation demandait à grands cris un ministre réformateur. Louis XYI, que sa femme, la Cour et l'Autriche ne gouvernaient pas encore, ne voulut pas braver l'opinion.

La lettre remarquable que Turgot écrivit au roi à cette occasion, contient toutes ses vues sur le gouvernement, son programme, ses moyens et son but:

Point de banqueroute,

Point d'augmentation d'impôts,

Point d'emprunts.

Faire disparaître les dépenses inutiles, réduire les gages des gens de cour, tel est le premier remède

(*) Vie de M. Turgot, par Condorcet.

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