‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 96 sur 118 · LIVRE SECOND 2H · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND 2H

jurandes. La seconde partie consistait dans la création des municipalités, la séparation de l'Église et de l'Etat, et la suppression des fondations (*).

Mais on ne touche pas impunément à tant de choses. Chacune de ces améliorations excitait un murmure, chacun de ces projets rencontrait un obstacle.

« Les courtisans, dit Condorcet (2), sentaient trop bien qu'ils n'avaient rien à espérer de M. Turgot; ils prévoyaient que s'il avait un jour le crédit de porter l'économie dans les dépenses de la Cour, il attaquerait la racine du mal, et ne se contenterait pas d'en élaguer les branches les plus faibles, que d'autres auraient bientôt remplacées. Ils prévoyaient la destruction de ces charges, de ces places qui, inutiles à l'ordre public et cependant payées par le peuple, sont de véritables vexations...

» Les financiers savaient que sous un ministre éclairé, occupé seulement de simplifier et de réformer la perception de l'impôt, les sources de leur excessive opulence allaient bientôt tarir (3).

» Tout ce peuple d'hommes de tout état, de tout rang, qui a pris la funeste habitude de subsister aux dépens de la nation, sans la servir, qui vit d'une foule d'abus particuliers et les regarde comme

(') Pour les réformes projetées ou exécutées par Turgot, voirie remarquable travail inséré dans la Politique positive, et extrait du Cours de sociologie de M. Laffitte.

(') Vie de M. Turgot.

(*) Pourquoi donc innover, disait naïvement un fermier général en 1775 ; est-ce que nous ne sommes pas bien ?

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autant de droits; tous ces hommes effrayés, alarmés, formaient une ligue puissante par leur nombre et par l'éclat de leurs clameurs. »

Turgot n'avait à opposer à toutes ces haines que le peuple et quelques amis. Louis XVI, naturellement, ne pouvait pas persévérer longtemps dans la voie où il était entré et se mettre avec le peuple et les honnêtes gens, du côté de Turgot. Il lui fit donner sa démission (*).

Les gens de lettres, que, suivant la remarque de Condorcet, l'on doit compter pour beaucoup dans toutes les circonstances où l'opinion publique exerce son empire, auraient dû se rallier à un ministre zélé pour les progrès de la raison ; malheureusement ils obéissaient, en partie, à la déplorable influence du salon de Necker. Quelques-uns cependant furent comme anéantis à la nouvelle de son renvoi. Parmi ceux à qui la retraite de Turgot causa le plus de peine, il faut citer Yoltaire. L'intimité du Patriarche de Ferneyavec madame Necker ne l'aveuglait pas au point de lui faire croire que le mari de cette dame était capable de remplacer un

(') Un philosophe, considéré dans la république des lettres M. 'le M***), était à Versailles le jour mémorable de la disgrâce de M. Turgot. Il observait dans un morne silence la joie tumultueuse qu'inspirait cet événement. Un courtisan, frappé de ce contraste, lui demanda sur quoi il méditait si gravement. M. de M*** répondit, eu élevant la voix : « Je me représente, d'après tout ce que je vois ici, l'image d'une troupe de brigands rassemblés dans la forêt de Bondy, à qui l'on vient d'annoncer que !e Grand-Prévôt est renvoyé. » (V. les Observations modestes d'un i itoyen, dans la collection des ouvrages pour et contre M. Neck.-r .

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