LIVRE SECOND
homme d'État de la valeur du contrôleur-général. Déjà en 1775, il écrivait à M. de Vaines, le premier commis de Turgot, à propos des difficultés que Ton créait au ministre : « Il est digne des Welches de
s'opposer aux grands desseins de M. Turgot
Nous n'avons point encore à Genève le fatras du Genevois Necker contre le meilleur ministre que la France ait jamais eu. Necker se donnera bien de garde de m'envoyer sa petite drôlerie (l). Il sait assez que je ne suis pas de son avis. Il y a dix-sept ans que j'eus le bonheur de posséder pendant quelques jours M. Turgot dans ma caverne. J'aimais son cœur et j'admirais son esprit. Je vois qu'il a rempli toutes mes vues et toutes mes espérances. L'édit du 13 de septembre (2) me paraît un chef-d'œuvre de la véritable sagesse et de la véritable éloquence. Si Necker pense mieux et écrit mieux, je crois, dès ce moment, Necker le premier homme du monde. »
Peu de jours après la chute de Turgot il exprima, dans son Épître à un homme, les sentiments dont son âme était pénétrée.
Une lettre à Diderot, du 14 août 1776, témoigne aussi des dispositions où il se trouvait. « N'ayant pas été assez heureux, monsieur, pour vous voir et pour vous entendre, à votre retour de Pétersbourg, rien ne pouvait mieux m'en consoler que l'apparition de votre ami M. de Limon Nos
(') Son Traité sur la législation et le commerce des grains. (') Sur la liberté du commerce des grains.
ennemis ont toujours pour eux la rosée du ciel, la graisse de la terre, la mitre, le coffre-fort, le glaive et la canaille. Tout ce que nous avons nu faire s'est borné à faire dire dans toute l'Europe, aux honnêtes gens, que nous avons raison, et peut-être à rendre les mœurs un peu plus douces et plus
honnêtes Ce qu'il y a d'affreux, c'est que les
philosophes ne sont point unis et que les persécuteurs le seront toujours. Il y avait deux sages à la Cour (Turgot et Malesherbes , on a trouvé le secret de nous les ôter; ils n'étaient pas dans leur élément. Le nôtre est la retraite; il y a vingt-cinq ans que je suis dans cet abri. J'apprends que vous ne vous communiquez dans Paris qu'à des esprits dignes de vous connaître : c'est le seul moyen d'échapper à la rage des fanatiques et des fripons. Vivez longtemps, monsieur, et puissiez-vous porter des coups mortels au monstre dont je n'ai mordu que les oreilles! »
Cette lettre, outre qu'elle fait connaître les sentiments de Voltaire sur Turgot et Malesherbes, donne quelques renseignements intéressants sur la façon dont Diderot vivait alors à Paris.
Il partageait sans doute entre la société de d'Holbach et celle de madame d'Épinay le peu de temps qu'il ne passait pas au travail ou chez mademoiselle Voland. Remarquons aussi qu'il y eut alors une espèce de reprise dans les rapports de ces deux hommes célèbres, car, le 8 décembre de la même année, Voltaire écrivait encore au Philosophe : « J'ai quatre-vingt-trois ans et je vous