‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 10 sur 76 · Marmontel : Mémoires^ livre IV · texte numérisé non relu

Marmontel : Mémoires^ livre IV

2* Garât commet ici un anachronisme : Rousseau et Diderot étaient brouillés quand parut (1762) le Contrat social.

3. Mém, historiq, sur le XVIII* siècle et sur M. Suard, par Garât. Paris, Belin, 1821, t. II, p. 14.

interdit sa porte. Mme d'Epinay avait d'autant plus envie de le voir, nous dit-elle, que ses deux amis lui en parlaient avec admiration : « C'est surtout de son caractère qu'ils sont enthousiastes. M. Grimm dit que c'est l'homme moral le plus parfait qu'il connaisse... Ils prétendent que c'est un ours bien autrement difficile à prendre que Rousseau » (1). C'est Duclos surtout qui, au dire des Mémoires, et pour se venger de son insuccès auprès de Mme d'Epinay, aurait « furieusement prévenu » Diderot contre celle-ci.

Ajoutons que Mme d'Epinay n'était pas aimée au Grandval, chez les d'Holbach, où Diderot, nous le verrons, transportait souvent ses pénates. Elle a beau s'intéresser au drame de Diderot qui vient de paraître, le Fils naturel, et en placer, pour sa part, plus de cent exemplaires en deux jours, Diderot ne songe pas même à la remercier. Un jour enfin, Mme d'Epinay le rencontre chez Grimm et, comme Diderot « voulait sortir dès qu'il me vit, je l'arrêtai par le bras : Ah ! lui dis-je, le hasard ne me servira pas si bien sans que j'en profite. Il rentra, et je puis assurer que je n'ai de ma vie eu deux heures plus agréables » (2). L'écrivain ne lui plut pas moins que le causeur : « Quatre lignes de cet homme me font plus rêver et m'occupent davantage qu'un ouvrage complet de nos prétendus beaux esprits » (3). Tant d'amabilités et une admiration si intelligente apprivoisèrent enfin « l'ours », et

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