‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 16 sur 76 · Did, XIX · texte numérisé non relu

Did, XIX

2. Vers inédits de Mme d'Epinay publiés par Eug. Ritter dans ses Nouvelles recherches sur les Confessions et la Correspondance de Jean-Jacques (Georg, 1880;.

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peter contre le tyran : précieux auxiliaire pour la faible Emilie et le seul qu'il lui plût d'avoir contre Grimm, puisqu'il était le meilleur ami de son amant. Il y avait entre elle et Diderot une secrète entente produite par de communes manières de voir et de sentir, de voir en beau et de sentir avec délicatesse. « Grimm a un peu déplu à Mme d'Epinay : il ne désapprouvait pas assez le propos d'un homme de notre connaissance, appelé M. Venel, qui disait qu'il fallait garder la plus scrupuleuse probité avec ses amis, mais que c'était une duperie d'en user mieux avec les autres qu'ils n'en useraient avec nous. Nous soutenions, elle et moi, qu'il fallait être homme de bien avec tout le monde, sans distinction. L'abbé Galiani m'a beaucoup déplu, à moi, en confessant qu'il n'avait jamais pleuré de sa vie et que la perte de son père, de ses frères, de ses sœurs, de ses maîtresses, ne lui avait pas coûté une larme. Il m'a paru que cet aveu n'avait pas moins choqué Mme d'Epinay ».

Diderot débarquant a la Chevrette, c'est l'ami qu'accueillent avec transport deux époux trop habitués l'un à l'autre, et dont l'un, le mari naturellement (ou celui qui en tient lieu), se refroidit et se détache peu à peu. « Le matin il (Grimm) est seul chez lui, où il travaille. Elle est seule chez elle, où elle rêve à lui » (Diderot à Mlle Volland). Avec le philosophe, reviennent les gais propos, les idées piquantes et inattendues qui ravivent l'eutretien, la bonhomie et les efifusions de tendresse qui ouvrent les cœurs et délient les langues, « Sa con-

versation, écrit Mme d'Epinay, est ravissante; sa confiance, sa sécurité en inspirent. Il a exalté ma

tête et mon âme; il comment exprimerai-je

cela ? Ce n'est pas précisément lui qui fait mon bonheur, qui me rend heureuse, mais il a donné à mon âme une secousse qui l'a mise en état de jouir de tout le bien qui l'entoure. » Ce n'est donc pas à Galiani, à cet arlequin plus vaniteux que spirituel, qu'il faut apphquer le mot si connu de Diderot, mais à Diderot lui-même : C'est bien lui qui est à la Chevrette, « un trésor inestimable pour les jours pluvieux. » Il sera, de plus, un consolateur pour les jours tristes qui vont venir. Lorsque Grimm, devenu baron du Saint-Empire, s'ennuyant au logis, est assez fou pour entreprendre ses interminables voyages en Allemagne, ou bien lorsque, à son retour, il oublie les rendez-vous donnés à Emilie, le bon Diderot, qui voit les larmes de celle-ci et sait, mieux qu'elle, toutes les raisons qu'elle a de s'affliger, s'ingénie à prolonger ses illusions. « Tout en pleurant, elle me disait : C'est que ses affaires l'occupent si fort, qu'il ne peut penser à rien... Elle l'excusait avec une bonté qui me touchait infiniment. Pour moi, je me taisais, et elle me disait : Mais vous ne me dites rien, philosophe ; est-ce que vous croyez qu'il ne m'aime pas ? — Que diable voulez-vous qu'on réponde à cela ? Dire la vérité, cela ne se peut ; mentir, il le faut bien ; le moment qui la détromperait serait le dernier de sa vie » (1). Enfin, Grimm est menacé de perdre la

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