‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 19 sur 76 · Did. XVIII · texte numérisé non relu

Did. XVIII

LES AMIS DE DIDEROT Ai

d'intimité : « elle me demanda de la mère (Mme Diderot) et de l'enfant. Je répondis de l'enfant que je craignais qu'elle n'eût une vie agitée et malheureuse, car elle était ennuyée du repos (elle avait de qui tenir). Tant mieux, me dit-elle, elle se remuera pour les paresseux. » C'est ce que savaient faire justement la généreuse Mme Geoffrin et le serviable Diderot. Un charmant défaut leur était commun à tous deux : la manie d'obliger les gens sans leur permission.

Mme Geoffrin, qui connaissait si parfaitement les hommes, dut aimer Diderot pour sa chaleur d'âme et sa proverbiale « bonhomie. » Seulement elle l'aimait de loin, lui permettant volontiers, contrairement à sa maxime célèbre, de laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié, Diderot dut lui fournir mainte occasion de jouer ce rôle de « grondeuse » qu'elle affectionnait : dans les rares passages où il parle d'elle, nous la voyons entrer chez lui pour le houspiller avec le plus parfait sans-gêne. « Je reçus la visite de Mme Geoffrin, qui me traita comme une bête et qui conseilla à ma femme d'en faire autant. La première fois, elle vint pour gâter ma fille ; cette fois elle serait venue pour gâter ma femme et lui apprendre à dire des gros mots et à mépriser son mari » (1). Diderot se garde bien de spécifier à Mlle VoUand ce que lui reprochait Mme Geoffrin : ne serait-ce point qu'une maîtresse de maison si accomplie avait dû trouver que le ménage de Diderot était tenu un peu à la diable et

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