Ibid.y I
ècrit-elle à Diderot alors en Russie, vous avez audedans de vous un foyer qui ne s'altère jamais (1). » Bien faite pour excuser et comprendre les perpétuels enthousiasmes de Diderot, elle à qui Mme Geoffrin écrivait en grondant : « Toujours de ^engouement, jamais rien de sang-froid (2) », elle en critiquait seulement les objets, trouvant, non sans raison, que Diderot « ne connaissait pas les hommes, qu'il passait sa vie dans une nature idéale et que son esprit était un beau songe (3). » Très instruite et très raisonneuse, elle le provoquait à la discussion pour avoir le plaisir de l'écouter et de le combattre : « M. Diderot, reprenons une conversation qui m'intéresse... Ne disiez-vous pas qu'il était possible d'expliquer la pensée par la suite des sensations? Diderot : toute la nature n'est qu'une série de sensations graduées; la pierre sent, mais très faiblement, et c'est ainsi que je m'élève jusqu'à l'homme... La seule matière suffit donc à Pexplication de tous ces phénomènes et, si elle est susceptible de sensations, elle est aussi susceptible de pensées. — Mais, repart Mme Neckcr, je me juge toujours une et le foyer de ces idées, quel qu^il soit, est certainement indivisible. C'est un sens collectif? Quel est donc ce sens qui contient des choses abstraites, qui est tourmenté par des abstractions métaphysiques, pour qui le néant est quelque chose, puisqu'il le distingue de l'existence; ce sens qui réagit sur lui-même, qui se forme de nouvelles pen-