‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 23 sur 76 · Mélanges^ II · texte numérisé non relu

Mélanges^ II

sèes et qui, malgré les millions d'objets qu'U représente, qu'il renferme et sur lesquels il s'exerce, demeure toujours un et indivisible (1) ? »

Voilà qui sent bien, en effet, des notes apprises, mais qui révèle aussi un pénétrant et curieux esprit : et cette profession de foi philosophique do Mme Necker n'est-elle pas comme le prélude des admirables analyses par lesquelles sa fille fera connaître à la France la philosophie abstruse de Kant et de Jacobi?

Mme Necker obligea Diderot comme elle avait fait tous les gens de lettres qui fréquentaient chez elle : « Si vos enfants le veulent, ils ne perdront rien par le changement du ministère ; j'ai parle d'eux aux personnes qui pourraient leur être utiles. » (2) Quand Diderot, en Russie, ne songe qu'à faire sa cour à la grande Catherine, Mme Necker rappelle à l'oublieux philosophe qu'il a laissé à Paris des amis qui savaient aussi l'apprécier et une famille que les beaux mots de l'impératrice ne font pas vivre. « Vous devriez, écrit-elle à Grimm, ramener M. Diderot ; il me semble que ses enfants ont besoin de lui; sa fille a beaucoup gagné depuis un an ; elle est plus simple qu'autrefois, car la tendresse maternelle lui a appris les nuances du sentiment, les seules qui lui manquaient » (3).

Diderot sut répondre à une aussi sérieuse et délicate amitié. Il s'oublie volontiers dans le salon de Mme Necker ; venu « pour trois minutes, il y passe

Page 1